
La directrice générale du Fonds monétaire international (FMI), Kristalina Georgieva, a confirmé mercredi qu’au moins douze pays et probablement davantage sollicitent déjà l’aide financière de l’institution pour faire face aux retombées de la guerre au Moyen-Orient. Des pays d’Afrique subsaharienne figurent parmi les demandeurs, a-t-elle précisé sans les nommer. Les montants en jeu sont considérables : entre 20 et 50 milliards de dollars, mobilisables via de nouveaux programmes, des extensions de facilités existantes ou des lignes de crédit d’urgence. Un signal qui dépasse la simple comptabilité institutionnelle et dit l’ampleur de la secousse en cours.
Car le choc ne se résume pas à une flambée du prix du baril. Il est « multi-produits », a insisté la patronne du FMI. Le pétrole, d’abord, porté par les tensions autour du détroit d’Ormuz. Le gaz, par contagion des marchés internationaux. Les engrais, dont les livraisons sont déjà perturbées, menaçant directement les récoltes à venir. Le transport maritime, enfin, avec la hausse des coûts de fret et le reroutage des navires. « Même si la guerre s’arrêtait demain, un pétrolier met quarante jours pour atteindre les Fidji. Le choc va s’aggraver dans les semaines à venir », a prévenu Kristalina Georgieva.
L’Afrique en première ligne, le Togo concerné ?
Pour le continent africain, déjà fragilisé par des équilibres budgétaires précaires et une dépendance aux importations, la menace est immédiate. Hausse des coûts énergétiques, pression sur les devises, renchérissement des denrées alimentaires : les trois fronts se cumulent. Le FMI estime que 45 millions de personnes supplémentaires pourraient basculer dans l’insécurité alimentaire en raison des retards ou annulations de livraisons d’engrais. En conseil des ministres, le 1er avril dernier le gouvernement togolais mise sur la vigilance à tous les niveaux. « Bien que les échanges commerciaux directs du Togo avec les pays concernés soient limités » les autorités craignent « des perturbations dans les chaines logistiques internationales (qui) pourraient entrainer des pénuries et la flambée des prix de certaines denrées de première nécessité, et affecter la dynamique de l’activité portuaire ». En effet, selon le FMI, les économies d’Afrique subsaharienne consacrent en moyenne 36 % de leur consommation à l’alimentation, contre 20 % pour les pays émergents et seulement 9 % pour les économies avancées. Une vulnérabilité structurelle qui transforme chaque perturbation des chaînes d’approvisionnement en crise sociale latente.

Face à cette situation, le FMI met en garde contre les réflexes contre-productifs. Les subventions énergétiques généralisées, destinées à masquer la hausse des prix, ne feraient que « prolonger la douleur » et détourner les ressources des pays les plus pauvres. L’institution préconise plutôt des transferts monétaires ciblés, temporaires, qui protègent les plus vulnérables sans fausser les signaux de marché. « Si vous essayez de compenser un choc d’offre en soutenant artificiellement la demande, vous finirez par avoir plus d’inflation », a résumé Rodrigo Valdes, directeur du département des finances publiques du FMI. Ce qui commence dans le Golfe ne reste jamais dans le Golfe. La crise énergétique née au Moyen-Orient est déjà, pour une partie de l’Afrique, une crise financière et alimentaire. Le FMI se prépare à intervenir. Reste à savoir si les mécanismes de réponse seront à la hauteur de la contagion annoncée.



