
C’est une convention de coopération décentralisée qui a mis le feu aux poudres. Signée le 17 juillet entre le Conseil régional de la Kara, dans le nord du Togo, et le Conseil départemental de Mayotte, département français d’outre-mer, elle a déclenché une protestation officielle de l’Union des Comores. Mais que contenait exactement cet accord ? Pourquoi suscite-t-il une telle controverse ? Et où en est-on aujourd’hui ? Éléments de réponse.
Que s’est-il réellement passé ?
L’accord est l’aboutissement d’un processus initié en juillet 2025. Le 16 juillet 2026, le président du Conseil régional de la Kara, Bakèm Téba Blakinam, recevait une délégation du Conseil départemental de Mayotte conduite par son vice-président, Madi Moussa Vélou. Dans la foulée de cette visite de quelques jours, la convention d’entente interrégionale a été officiellement signée.
Lee partenariat, selon l’Agence togolaise de presse (Atop) s’articule autour de sept priorités : le développement économique local, la santé, l’éducation, l’environnement, la culture, la gouvernance et le tourisme. L’objectif est de mutualiser les bonnes pratiques face à des défis de développement partagés. L’accord s’appuie sur des partenariats déjà existants : les communes de Kloto 1 et Agoè-Nyivé 2 sont jumelées depuis 2022 avec Mamoudzou, la capitale mahoraise, et ces liens ont déjà produit des résultats concrets dans le maraîchage, la pisciculture et l’agroécologie.
Pourquoi Mayotte est-elle un territoire disputé ?
L’île de Mayotte est au cœur d’un différend territorial vieux de cinquante ans. Lorsque l’archipel des Comores accède à l’indépendance en 1975, Mayotte reste française à l’issue de consultations électorales organisées par Paris. Moroni n’a jamais reconnu la validité de ces scrutins et continue de revendiquer l’île comme partie intégrante de son territoire. Devenue département français en 2011, puis région ultrapériphérique de l’Union européenne, Mayotte reste pourtant l’un des territoires les plus pauvres de France, confronté à une forte pression migratoire, à des tensions foncières et à des défis majeurs en matière d’accès à l’eau, à l’éducation et aux infrastructures.
L’Union africaine (UA) reconnaît la souveraineté comorienne sur l’ensemble de l’archipel. L’Union des Comores s’oppose systématiquement à toute initiative qui pourrait légitimer l’administration française sur Mayotte, allant jusqu’à bloquer l’intégration de l’île au sein de la Commission de l’océan Indien (COI – Madagascar, Comores, Maurice, Seychelles et La Réunion pour la France), demandée par Emmanuel Macron en avril 2025. C’est dans ce contexte que la signature de la convention entre la région de la Kara et l’Assemblée de Mayotte a été perçue comme une provocation par Moroni.
Que dit exactement le gouvernement comorien ?
Dans un communiqué publié le 22 juillet, le ministère comorien des Affaires étrangères qualifie l’accord de « acte incompréhensible » et exprime sa « vive préoccupation ». Il « dénonce un tel acte qui est à l’encontre du Droit international et des résolutions pertinentes de l’Union africaine ». Pour Moroni, en signant ce partenariat, la région de la Kara a conféré une reconnaissance implicite à l’autorité française sur Mayotte, ce qui constitue une atteinte directe à la souveraineté comorienne.
Que demande Moroni à Lomé ?
Le gouvernement comorien ne s’en prend pas directement au Togo en tant qu’État, mais il interpelle clairement les autorités centrales. Il exprime sa « confiance » dans une intervention du gouvernement togolais pour « rectifier la situation » et espère une réévaluation rapide de l’accord. Moroni en appelle à la solidarité africaine et au respect de la position commune de l’UA sur l’intégrité territoriale de l’archipel des Comores.
Où en est-on aujourd’hui ?
À ce stade, aucune réaction officielle n’a été publiée par le gouvernement togolais. L’incident place Lomé dans une position inédite, tiraillée entre les prérogatives de ses collectivités territoriales en matière de coopération décentralisée et les principes de l’Union africaine sur le respect de l’intégrité territoriale des États membres.



