Le Président de la République s’apprête à endosser un rôle crucial dans la crise de l’Est congolais. Porté par le président angolais João Lourenço, actuel chef de l’Union africaine, ce choix stratégique pourrait être officialisé dans les prochains jours. Une décision mûrement réfléchie qui repose sur une équation diplomatique subtile où neutralité, réseaux d’influence et réalpolitique africaine se croisent. Plusieurs facteurs expliquent ce pari selon une publication de le média panaficain Jeune Afrique mise en ligne ce jour.
D’abord la nécessité d’un médiateur extérieur aux zones d’influence directe du conflit, excluant de fait les pays membres des communautés d’Afrique australe (SADC), centrale (CEEAC) et de ĺ’Est (EAC). Dans un contexte où le processus de Luanda, piloté par l’Angolais João Lourenço, peine à contenir l’escalade des violences, le nouveau médiateur s’il est choisi devrait en dehors de son action diplomatique, coordonner les efforts des instances regionales selon le principe de subsidiarité cher à l’UA. Et l’atout maître du Président togolais réside à cet effet dans ses relations privilégiées avec les deux principaux protagonistes.

Une relation privilégiée avec les acteurs de la crise
Avec Félix Tshisekedi, le lien remonte, informe Jeune Afrique à 2017 quand le Togolais facilita le rapatriement de la dépouille d’Étienne Tshisekedi, geste toujours présent dans les mémoires. Leur complicité s’est renforcée lors des Jeux de la Francophonie 2023 à Kinshasa, puis lors d’une visite officielle à Lomé en juillet 2024. Du côté rwandais, Faure Gnassingbé cultive depuis des années une relation de confiance avec Paul Kagame. Présent à son investiture en juillet 2024, le Président togolais s’est rendu à Kigali à trois reprises depuis janvier 2023, dont récemment pour le sommet sur l’Intelligence Artificielle. « Il est à équidistance des deux présidents », confirme une source proche de la présidence togolaise, citée par le média panafricain.
Une fois la nomination confirmée, le dispositif de médiation, informe toujours Jeune Afrique, s’appuiera sur plusieurs relais dont Gilbert Bawara, ministre togolais du Dialogue social. Diplomate de formation et ancien haut fonctionnaire de l’ONU, où il a eu à travailler sur le Rwanda et le Congo, ce dernier connaît intimement les dossiers de la région. Mais toujours, le président togolais peut aussi compter sur le Qatar, dont l’émir Tamim Ben Hamad Al Thani entretient des liens étroits avec Lomé et a déjà facilité des contacts entre les parties. Enfin, Faure Gnassingbé aura également l’avantage d’être le référent des facilitateurs de la SADC et de l’EAC, le Nigérian Olusegun Obasanjo, qu’il connaît bien, le Kényan Uhuru Kenyatta, le Sud-Africain Kgalema Motlanthe, l’Éthiopienne Sahle-Work Zewde et la Centrafricaine Catherine Samba-Panza.

« Aucun autre leader n’a actuellement sa crédibilité bilatérale ».
Par ailleurs, si la nomination est actée, le Togolais devra naviguer entre les exigences de Kinshasa sur le M23, les préoccupations sécuritaires de Kigali, l’urgence humanitaire (6 millions de déplacés) et les rivalités entre organisations régional. Un défi herculéen, mais pour une source diplomatique à Addis-Abeba contactée par notre rédaction : « Aucun autre leader n’a actuellement cette crédibilité bilatérale. C’est peut-être la dernière chance d’éviter l’embrasement régional. »



















