
« Monsieur le Président de la CRIET, vous êtes un provocateur ! » La formule est signée Elonm Mario Metonou, procureur près la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme. Elle ouvre l’audience solennelle de rentrée de la juridiction. Devant un parterre d’autorités dont le vice-présidente de la République, les représentants de l’Assemblée nationale, du bâtonnier de l’ordre des avocats et des membres de la Cour, le magistrat a posé une question qui a structuré tout son propos autour du thème principal. Comment « humaniser la justice pénale : entre protection des droits fondamentaux et efficacité répressive » ?
Le procureur a d’abord rappelé le bilan de l’institution, créée par la loi du 2 juillet 2018. Face à « la pieuvre de la grande corruption », au « poison de la cybercriminalité » et au « spectre du terrorisme » qui menace les frontières septentrionales du pays, la CRIET s’est imposée comme un rempart. Selon lui, son action a permis de briser des réseaux, de confisquer les fruits du crime et de rappeler que nul n’est au-dessus du pacte social.
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Mais il a aussitôt mis en garde contre un piège : celui d’une justice qui s’habitue aux larmes et transforme les destins brisés en simples statistiques. « Plus le glaive est affûté, plus le bras qui le manie doit être habité par la sagesse », a-t-il averti. Refusant le choix binaire entre laxisme et terreur, le procureur a plaidé pour une « troisième voie, noble et exigeante » : celle de la proportionnalité. Il s’est engagé à être « intratiable, inflexible, féroce s’il le faut » contre ceux qui pillent la fortune publique ou pactisent avec la terreur.
Il a promis la même rigueur face aux prédateurs sexuels. Mais il a aussi promis de se dresser contre l’arbitraire de la procédure. Au cœur de son réquisitoire, une conviction : l’efficacité d’une décision de justice ne se mesure pas au nombre d’années de prison infligées, mais à la clarté de sa vérité. « L’efficacité de la sanction ne tient pas à sa cruauté, mais à sa certitude », a-t-il martelé.
La dignité humaine comme boussole
Le procureur a appelé ses collègues à ne pas oublier que chaque dossier est « une vie humaine, une trajectoire brisée, une histoire unique ». Il a défendu l’individualisation de la peine, le respect de la présomption d’innocence et le droit de la défense. La détention provisoire, selon lui, doit redevenir « l’exception ultime ». Et la victime ne doit pas être oubliée qu’« humaniser la justice, c’est essuyer ses larmes en lui offrant non pas une vengeance, mais une digne et juste réparation ».
Il a conclu en citant Albert Camus : « Si l’homme échoue à concilier la justice et la liberté, alors il échoue à tout. » Puis il a formulé un vœu qui résume sa philosophie : « Que notre justice reste ferme, mais qu’elle garde un cœur qui bat. »



