
Le port autonome de Lomé (PAL) franchit une nouvelle étape de sa stratégie d’expansion et de modernisation. Cette semaine a marqué le lancement officiel des travaux de dragage au Lomé Container Terminal (LCT), une opération d’envergure menée par le groupe belge DEME, avec le soutien d’Eiffage Génie Marine. Objectif : approfondir le bassin, le chenal d’accès et le cercle de giration pour permettre l’accueil des géants des mers, ces porte-conteneurs de nouvelle génération dépassant les 19 000 EVP et s’étirant sur près 400 mètres. Ces travaux de dragage, bien plus qu’une simple opération de maintenance, incarnent une ambition : moderniser en profondeur les infrastructures pour capter les flux du commerce maritime mondial et affirmer Lomé comme un hub incontournable face à une concurrence régionale de plus en plus agressive. Une course au gigantisme dictée par les armateurs internationaux, dont Mediterranean Shipping Company (MSC), qui ne veut pas voir son hub ouest-africain devenir un goulot d’étranglement. Cette modernisation, menée sans interruption des activités courantes, est un signal fort adressé aux chargeurs et aux partenaires logistiques : Lomé investit pour rester dans la cour des grands.
Derrière ces travaux de compétitivité, un partenariat stratégique de premier ordre. Le LCT est exploité via un consortium réunissant MSC, à travers sa filiale Terminal Investment Limited (TIL), et le géant chinois China Merchants Ports. La récente acquisition de Bolloré Africa Logistics par MSC a toutefois changé la donne, plaçant le groupe suisse aux commandes des deux terminaux du port. Cette consolidation fait de MSC l’opérateur unique de Lomé, un avantage indéniable pour l’efficacité logistique. Les investissements portent à cet effet déjà leurs fruits. Les chiffres de 2024 en attestent : un trafic total de marchandises frôlant les 30,64 millions de tonnes (+1,85% sur un an) et un record de 2 millions d’EVP traités, soit une croissance de 5,19 % qui propulse Lomé dans le top 5 des ports à conteneurs du continent. Surtout, le trafic de transbordement, cœur de métier du hub, a bondi de 7,11 %, confirmant son rôle de plaque tournante pour les pays enclavés du Sahel (Mali, Niger, Burkina Faso) et même pour le nord du Nigeria. La productivité, avec une moyenne de 32,5 mouvements de grue par heure, surpasse celle de nombreux ports africains et rivaux internationaux, un argument de poids dans un marché où le temps est synonyme d’argent.

Si le dragage est crucial, la bataille se joue sur plusieurs fronts. Face aux expansions en cours à Tema (Ghana), Abidjan (Côte d’Ivoire) ou Lagos (Nigeria), Lomé mise sur une stratégie différente. Son atout maître reste son accès naturel aux eaux profondes, un avantage topographique que les travaux amplifient. Mais le port togolais parie aussi sur la simplification des procédures douanières et une efficacité opérationnelle inégalée dans la région pour consolider sa position. Le programme global de modernisation, évalué à 500 millions d’euros, vise à porter la capacité annuelle du terminal à 2,7 millions d’EVP. Dès lors, le dragage en cours bien plus qu’un projet d’infrastructure est le symbole de l’ambition maritime du Togo. En se modernisant, le port de Lomé ne se contente pas de suivre le marché : il anticipe les évolutions, se prépare aux navires de demain et renforce son maillage logistique avec l’hinterland. Dans l’intense compétition portuaire ouest-africaine, Lomé a choisi de jouer la carte de la spécialisation, de l’efficacité et du gigantisme. Un pari audacieux qui pourrait bien conforter, pour les années à venir, son statut de puissance maritime incontournable.















