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Diplomatie : Françoise Joly, l’énigmatique conseillère devenue « le relais » de Moscou à Lomé.

Elle est de celles dont le visage ne s’affiche nulle part, mais dont le nom circule dans les cercles feutrés du pouvoir. Françoise Joly, originaire du Rwanda, est aujourd’hui l’une des personnalités les plus consultées de la présidence togolaise. Dans l’ombre du palais, cette conseillère sans titre officiel a pesé sur l’un des virages diplomatiques les plus sensibles qu’ait connus Lomé ces dernières années : le rapprochement avec Moscou. Une enquête d’Africa Intelligence retrace l’itinéraire de cette femme d’affaires devenue, selon les mots du média, « le relais de Moscou » auprès de Faure Gnassingbé et de Denis Sassou-Nguesso.

De Kigali à Lomé en passant par Paris.

Rescapée du génocide des Tutsis, Françoise Joly pose le pied en France en 1994, à 14 ans. Elle y sera recueillie, scolarisée, puis introduite dans les milieux socialistes parisiens. C’est Bernard Kouchner qui l’aide à renouer avec son pays natal et la recommande à Paul Kagame. Elle se tisse alors un réseau à Kigali, avant de revenir à Paris se lancer dans le conseil aux chefs d’État africains. Une trajectoire qui la mène jusqu’au Burkina Faso de Blaise Compaoré, puis au Congo de Denis Sassou-Nguesso, et enfin au Togo.

À Lomé, elle est présentée à Faure Gnassingbé par l’homme d’affaires burkinabè Mahamadou Bonkoungou. Le président togolais est séduit par cette quadragénaire vive, discrète et efficace. Elle gagne sa confiance et devient une interlocutrice régulière sur les dossiers sensibles. Une villa lui est réservée dans le quartier de la cité de l’OUA, à deux pas du palais. Depuis 2025, elle détient un passeport diplomatique togolais, en plus de son passeport congolais.

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C’est sur le dossier russe que son influence se lit le mieux. En novembre 2025, Faure Gnassingbé se rend à Moscou pour s’entretenir avec Vladimir Poutine, peu après la signature d’un accord de coopération militaire. Françoise Joly ne fait pas le déplacement, mais elle a préparé le terrain : analyse des dossiers, notes stratégiques, éclairages sur les projets de coopération entre Africa Corps et le Togo. Africa Intelligence écrit que le président du Conseil cherche alors à « changer de boussole diplomatique » et à s’éloigner de Paris, jugée « arrogante et intrusive ». La conseillère l’encourage dans cette voie. Lomé serait devenu le partenaire privilégié des régimes militaires de l’Alliance des États du Sahel (Mali, Niger, Burkina Faso) tous adossés à Moscou, sous sa discrète impulsion.

Uranium, Falcon et exfiltration

Françoise Joly a aussi été mêlée à un dossier des plus sensibles : l’exportation vers le port de Lomé de près de 1 000 tonnes de concentré d’uranium nigérien à destination de la Russie. Une opération révélée par Africa Intelligence, sur laquelle elle a travaillé aux côtés du ministre togolais de l’Agriculture, Antoine Lékpa Gbegbeni, et de l’homme d’affaires Alexander Zingman, réputé proche de Minsk et de Moscou.

À Paris, la DGSE a surveillé l’opération de près et s’en est ouverte au président Faure Gnassingbé fin 2025. La justice française enquête parallèlement sur son rôle présumé dans l’acquisition d’un jet Falcon pour le président congolais. Face à ces pressions, Françoise Joly a plié bagage. Elle a quitté son appartement parisien pour s’installer à Londres, où elle a domicilié plusieurs sociétés. L’une d’elles, enregistrée avec son passeport diplomatique togolais, « aurait bénéficié d’un financement de plusieurs millions d’euros accordé par l’État togolais », selon Africa Intelligence.

Africa Corps en approche

Sur le terrain, les premiers signes du rapprochement militaro-stratégique se concrétisent. Début 2026, des instructeurs russes ont mené des repérages au Togo. L’agence African Initiative, dirigée par Artem Kureev, sous sanctions de l’Union européenne, semble y déployer ses activités. Françoise Joly suit ces mouvements avec attention. Elle se rend fréquemment à Lomé, souvent en jet privé. Le 24 mai dernier, elle est arrivée dans un aéronef immatriculé sous indicatif de la présidence congolaise.

À 45 ans, celle qui se présente comme une « diplomate éminente » est devenue l’une des conseillères les plus influentes et les plus secrètes du président du Conseil. Son rôle dans le basculement stratégique du Togo vers Moscou, mis au jour par Africa Intelligence, illustre la montée en puissance de ces acteurs de l’ombre qui, loin des projecteurs, redessinent les alliances du continent.

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