Politique Internationale

Diplomatie : Les dessous de la médiation de Lomé entre Washington et les pays de l’AES

L’information est tombée le 10 mars 2026 : Washington et Bamako s’apprêtent à relancer leur coopération en matière de renseignement militaire dans la lutte anti-djihadiste. Derrière cette annonce en apparence banale se cache un travail de fourmi mené depuis plus d’un an par Lomé. C’est une diplomatie de l’ombre qui a permis de débloquer le dialogue entre Washington et les juntes de l’AES, informe Africa Intelligence, le quotidien de référence sur l’actualité géostratégique sur le continent. Depuis plus d’un an, le Togo s’est imposé comme l’intermédiaire discret mais incontournable de l’administration Trump pour renouer avec le Burkina Faso, le Niger et surtout le Mali. En un mot, Lomé a servi de canal discret entre l’administration Trump et les trois capitales de l’Alliance des États du Sahel (AES), en rupture avec leurs partenaires traditionnels.

Selon les informations du média, c’est avec le Mali que les Américains ont rencontré le plus de résistance. Assimi Goïta, le chef de la junte, s’est montré particulièrement rétif. Preuve de cette défiance : le 2 février, lors de la visite à Bamako du responsable du bureau des affaires africaines du département d’État, Nick Checker, le président de transition a tout simplement refusé de le recevoir. L’émissaire américain a dû se contenter d’un entretien avec le ministre des affaires étrangères, Abdoulaye Diop. Une fin de non-recevoir qui a irrité Washington, bien décidé à établir un canal direct avec le strongman malien. C’est là que le Togo est entré en piste. Selon Africa Intelligence, Washington a sollicité l’appui de Lomé pour faire passer ses messages. Dans la foulée de la visite de Nick Checker, une rencontre décisive s’est tenue en marge de la Conférence de Munich sur la sécurité (13-15 février). Le général Dagvin Anderson, patron de l’Africom, le commandement militaire américain pour l’Afrique, a échangé avec le ministre togolais des affaires étrangères, Robert Dussey. Sujet unique : le dossier malien.

Le choix de Lomé n’a rien d’un hasard. Depuis 2020, le Togo a tissé des liens étroits avec la junte malienne et a déjà joué les médiateurs dans plusieurs dossiers sensibles. Des relations de confiance que Washington a habilement exploitées pour contourner le glacis diplomatique de Bamako. Résultat : début mars, Assimi Goïta a fini par accepter de recevoir discrètement une délégation américaine. En échange de cette ouverture, les émissaires ont promis la levée prochaine des sanctions visant plusieurs responsables du régime. Première étape avant une visite de haut niveau prévue d’ici mai, qui pourrait être conduite par le général Anderson ou Frank W. Garcia Jr, le nouveau sous-secrétaire aux affaires africaines du département d’État, en attente de validation par le Sénat.

Mais Assimi Goïta, prudent, entend garder la main. Selon nos confrères, le chef de la junte temporise pour conserver la maîtrise du calendrier et ne pas apparaître en position de faiblesse. L’activisme togolais ne s’est pas limité au Mali. L’administration Trump a également utilisé le canal togolais pour renouer avec Ouagadougou et Niamey. Le 12 mars, Nick Checker était à Ouagadougou. Là encore, la proximité de Lomé avec le capitaine Ibrahim Traoré a facilité les échanges, même si l’émissaire américain n’a rencontré que le ministre des affaires étrangères, Karamoko Jean-Marie Traoré.

Paris ignoré, l’Africom sous pression

Toutes ces tractations se sont déroulées dans une discrétion absolue. Selon Africa Intelligence, Washington n’a informé aucun de ses partenaires européens, Paris en tête, pourtant historiquement impliqué dans la région. Cette offensive diplomatique répond aussi à une urgence interne. Depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche, l’Africom doit justifier son existence auprès d’une administration qui a un temps envisagé de remettre en cause son dispositif militaire en Afrique. Afficher des résultats rapides avec les juntes de l’AES est devenu un impératif pour démontrer la pertinence de l’action américaine sur le continent.

 

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