
Une colonne de véhicules militaires burkinabè longe une route. Des soldats béninois les observent. Les hommes échangent des saluts. Ces images, diffusées le 14 juillet sur les réseaux sociaux, ont suffi à faire naître la rumeur d’une « opération militaire conjointe » entre le Bénin et le Burkina Faso. Plusieurs médias des deux pays, ainsi que du Togo, l’ont reprise. La réalité, elle, est tout autre, rapporte Jeune Afrique.
Selon les informations du magazine, aucun exercice conjoint n’a été mené. « Nous n’avons été informés d’aucune opération conjointe avec le Burkina Faso. Il semble que des militaires burkinabè étaient présents tout près de la frontière pour y installer une position, comme ils le font régulièrement », a affirmé à Jeune Afrique un officier béninois en poste dans l’Atacora. La présidence béninoise a également démenti.
Un différend frontalier vieux de plusieurs décennies
Les vidéos ont été tournées à Koualou-Kourou, une zone disputée depuis des années entre Cotonou et Ouagadougou. En 2009, les présidents Thomas Boni Yayi et Blaise Compaoré avaient décidé d’en faire un territoire neutre, placé sous le contrôle d’un comité mixte. Les deux États avaient saisi la Cour internationale de justice pour trancher le litige. Dans l’attente du jugement, ils étaient convenus de n’y afficher leurs couleurs nationales et de n’y mener des opérations de sécurisation que « de manière conjointe ».
Depuis l’arrivée au pouvoir d’Ibrahim Traoré en septembre 2022, les relations bilatérales s’étaient dégradées. Le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (Jnim) en a profité pour faire de cette zone l’un de ses refuges. L’Institut d’études et de sécurité (ISS) parlait même en 2023 de « zone de non-droit », où se mêlaient groupes extrémistes et trafics en tout genre, notamment de carburant.
Depuis plusieurs semaines, les forces armées béninoises ont repris pied dans la région. Les Burkinabè, de leur côté, ont décidé récemment de reprendre position dans une zone longtemps abandonnée. Mais Jeune Afrique précise qu’aucune réunion préparatoire n’a été organisée entre les états-majors des deux pays. Cette présence simultanée, qui a pu donner l’illusion d’une coordination, n’entre pas dans le cadre des discussions amorcées à Ouagadougou le 2 juin dernier entre Romuald Wadagni et Ibrahim Traoré.



