« Conférence Risque Pays » : Avec 5,9/10, le Togo séduit sur la croissance, inquiète sur la dette (Bloomfield)

Ce n’est pas la première fois que Bloomfield Investment Corporation évalue le Togo. Mais hier jeudi 2 avril 2026, l’agence panafricaine spécialisée de notation lui a consacré sa toute première Conférence Risque Pays. Introduit en 2017, le concept a pour but de donner une perspective africaine de l’interprétation du risque des pays du continent. Le rendez-vous de Lomé s’énonce alors comme une plateforme d’échanges entre acteurs publics et privés, ambitionnant de structurer la lecture du marché togolais, à la fois comme exercice d’évaluation et outil d’aide à la décision. Plus de 500 experts, décideurs et investisseurs sont donc conviés à plancher sur les déterminants du premier rapport de Bloomfield Ratings consacré au Togo. Le document répond aux trois préoccupations majeures de tout investisseur : opportunité d’investir, rentabilité attendue et risque de perte en capital. Pour y répondre, l’agence a passé au crible cinq paramètres : la santé macroéconomique, la qualité du cadre des affaires, la stabilité sociopolitique et sécuritaire, les conditions de financement de l’économie, et la gouvernance des finances publiques. Et ce rapport élaboré attribue la note de 5,9 sur 10 au Togo, le classant en « Risque Modéré ».

Dans le détail, la solidité du système financier est notée 6,5, le climat des affaires 6,3 et les performances macroéconomiques 6,2. En revanche, le risque sociopolitique (5,1) et la gestion des finances publiques (5,5) appellent à la vigilance. L’alerte vient surtout des comptes publics. Entre 2019 et 2024, le déficit budgétaire a bondi de 1% à 6% du PIB, bien au-delà de la norme communautaire fixée à 3%. Sur la même période, la dette extérieure a grimpé de 137,7% et la dette intérieure de 68,2%. Conséquence : le remboursement de la dette mobilise désormais 90,5% des recettes fiscales, contre 82,8% cinq ans plus tôt. Une proportion qui étrangle les marges de manœuvre de l’État. Du côté social, le tableau est plus rassurant. Le taux de chômage se maintient à 2% entre 2021 et 2025. La précarité de l’emploi recule de près de quatre points (78,7% à 75%). Et la pauvreté monétaire régresse modestement, passant de 45% en 2018 à 43,8% en 2021. Des progrès modestes mais réels, salués par le rapport.

Par ailleurs, le pays souffre d’un déficit commercial important, de défis énergétiques préoccupants et d’une concentration excessive des activités économiques dans le Grand Lomé. À cela s’ajoutent un coût élevé du crédit et une marginalisation boursière persistante qui limitent l’accès au financement pour de nombreux acteurs. Sur le plan sécuritaire, la menace persistante dans le nord du pays reste un point de vigilance majeur, même si le tissu social s’est globalement amélioré. Le gouvernement n’a pas éludé les difficultés pointées par l’évaluation. Le ministre de l’Économie, Badanam Patoki, a pris acte des alertes tout en rappelant les correctifs déjà engagés : programmes d’urgence sociale, investissements dans la santé, l’éducation et l’eau, développement de zones économiques spéciales et montée en puissance des dispositifs sécuritaires. Stanislas Zézé, lui, a appelé à une lecture objective et nuancée du risque pays. « Il est essentiel que les investisseurs disposent d’informations pertinentes leur permettant de prendre des décisions intelligentes, et que les gouvernements bénéficient d’une intelligence économique utile à l’élaboration de politiques publiques adéquates. Le Togo présente aujourd’hui des fondamentaux intéressants, mais comme tout marché, il comporte des risques qu’il convient d’identifier et de maîtriser », a-t-il expliqué le Président Directeur Général de Bloomfield Investment Corporation.

Quatre panels thématiques ont meublé les échanges : l’analyse de la performance macroéconomique du Togo, la stratégie pour développer l’entrepreneuriat féminin, la politique d’industrialisation du pays, ainsi que l’évolution de l’environnement socio-politique et sécuritaire. Les experts ont abordé les mécanismes de couverture des risques, ainsi que le rôle des entreprises dans l’amélioration de la transparence financière et la crédibilité de l’économie togolaise sur les marchés internationaux. Le secteur privé a été désigné comme un acteur central du développement. Yva Badohou, vice-président du Patronat togolais, a indiqué que le patronat contribue à la création de champions économiques togolais à travers les investissements et la capacité d’innovation. « Ces champions nationaux sont capables de rivaliser sur les marchés régionaux et internationaux. Ils sont le fruit d’un écosystème que nous construisons progressivement », a-t-il martelé, appelant à renforcer la souveraineté économique du pays. La ministre du Développement à la Base, Mazamesso Assih, a pour sa part insisté sur l’importance de la formalisation de l’économie. « Une économie qui se formalise est une économie visible, plus prévisible et surtout plus résiliente », a-t-elle expliqué, ajoutant que cela suppose que les investisseurs sachent reconnaître la valeur du secteur informel et que les partenaires techniques et financiers accompagnent les États en co-construisant des chemins adaptés à la réalité de chaque territoire.

L’ambition affichée à l’issue de cette rencontre est claire : Stanislas Zézé a exprimé le souhait de voir le Togo rejoindre, d’ici l’année prochaine, la catégorie des pays à risque faible. BloomField Investment Corporation, qui pilotait cette première édition au Togo, a confirmé sa volonté de mailler le continent avec des éditions prévues au Burundi, en Guinée-Équatoriale et en Centrafrique, tandis que la République démocratique du Congo s’apprête à accueillir sa troisième édition. Une dynamique qui témoigne de l’intérêt croissant pour une évaluation transparente et rigoureuse du risque sur le continent.



