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Classement RSF 2026 : Le Togo gagne 24 places et confirme l’exception

Le Togo progresse. Et ce n’est pas un détail dans un monde où la liberté de la presse recule partout.  Selon le classement mondial de la liberté de la presse 2026 publié ce jeudi par Reporters sans frontières (RSF), le Togo passe de la 121e à la 97e place sur 180 Etats. Il gagne ainsi 24 places en un an avec un score de 52,56 points sur 100, le pays signe l’une des progressions les plus nettes du continent africain. Cette performance est d’autant plus remarquable qu’elle s’inscrit dans un contexte mondial de repli. Pour la première fois en 25 ans, plus de la moitié des pays sont classés en situation « difficile » ou « très grave ». Le Togo, lui, avance. Et sur tous les fronts. Le détail des indicateurs raconte une amélioration homogène, sans angle mort. Le volet sécuritaire bondit de 60,87 à 76,07. C’est la progression la plus spectaculaire. Elle traduit un fait concret : aucun journaliste n’est détenu dans le pays, et aucun assassinat n’a été recensé depuis le 1er janvier 2026. Dans un monde où la violence contre les reporters ne cesse de croître, ce zéro est une rareté.

Le cadre législatif, souvent perçu comme perfectible, progresse de 46,85 à 49,94. L’indicateur politique passe de 38,18 à 39,38. Le volet économique grimpe de 36,01 à 37,45. Et l’indicateur social, qui mesure la réceptivité de la société à la liberté d’informer, monte de 58,25 à 59,97. Ces chiffres ne sont pas une simple embellie statistique. Ils dessinent une tendance de fond. Le Togo ne partait pas de zéro. Mais ces dernières années, le pays a vu son espace médiatique se structurer progressivement. La presse en ligne a gagné du terrain, offrant de nouveaux espaces d’expression. Les médias traditionnels, radio et télévision, continuent de mailler le territoire. La Haute Autorité de l’Audiovisuel et de la Communication (HAAC), régulateur du secteur, a engagé des réformes pour moderniser la régulation. Des défis subsistent, bien sûr. Le pays reste classé dans la zone « difficile ». Le cadre législatif, malgré sa progression, peut encore être renforcé pour garantir une protection plus solide aux journalistes. La précarité économique de nombreux médias reste un frein à leur indépendance. Mais la dynamique est là.

Un écosystème apaisé

Ce qui frappe, à la lecture de la fiche pays publiée par RSF, c’est l’absence de marqueurs habituellement associés aux pays en crise. Pas de journaliste en prison. Pas de meurtre. Pas de censure massive. Pas d’exil forcé pour les professionnels de 234 titres, 94 radios et une dizaine de chaînes de télévision. Un écosystème apaisé, où le débat contradictoire peut se déployer, même imparfaitement. À l’heure où le Bénin, longtemps citée en modèle, continue de dégringoler à la 113e place avec un recul d’au moins 14 places, où le Niger dévisse de 37 places, où le Mali et le Burkina Faso reculent sous l’effet de la restriction de l’information par les juntes, le Togo prend le chemin inverse. Il ne s’agit pas de triomphalisme. La 97e place n’est pas un aboutissement. Mais elle est un signal. « Si les attaques contre le droit à l’information se diversifient et se sophistiquent, leurs auteurs, eux, ne se cachent plus : États autoritaires, pouvoirs politiques complices ou défaillants, acteurs économiques prédateurs et plateformes devenues incontrôlables portent une responsabilité directe et écrasante » indique Anne Bocandé, la Directrice éditoriale de RSF.  

La preuve, des cinq indicateurs qui permettent de mesurer l’état de la liberté de la presse dans le monde (économique, légal, sécuritaire, politique, social), celui du cadre légal est celui qui baisse le plus cette année. Ce score s’est dégradé dans plus de 60 % des pays, soit dans 110 États sur 180 entre 2025 et 2026. C’est par exemple le cas de l’Inde (157e), de l’Égypte (169e), d’Israël (116e) ou encore de la Géorgie (135e). La criminalisation du journalisme, fondé sur le contournement du droit de la presse et le dévoiement de lois d’exception ou de droit commun, s’avère un phénomène mondial.

En un mot, dans le concert des nations, la liberté de la presse est devenue un marqueur de gouvernance. Les investisseurs la scrutent. Les partenaires techniques et financiers l’intègrent dans leurs évaluations. Une presse libre, c’est une justice mieux éclairée, une administration mieux contrôlée, une société civile plus vigoureuse. En gagnant 24 places, le Togo ne fait pas que grimper dans un classement. Il renvoie l’image d’un pays qui avance, qui ne craint pas le débat, qui accepte le regard critique comme un aiguillon plutôt que comme une menace. Dans un monde où la contagion autoritaire gagne du terrain, cette singularité mérite d’être saluée. Et surtout, consolidée.

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