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Sécurité alimentaire au Togo : RFI épinglée pour une fake news, le PAM dément être la source

Un article publié par RFI le 29 mai 2026 affirme que « plus de 330 000 personnes pourraient être en insécurité alimentaire aiguë » au Togo au cours des trois prochains mois. L’information, attribuée au Programme alimentaire mondial (PAM), a été largement relayée. Pourtant, plusieurs éléments jettent le doute sur la rigueur avec laquelle cette donnée a été traitée. Une enquête menée auprès des sources concernées révèle des failles préoccupantes dans la fabrication de ce récit. Première anomalie : le PAM n’est pas à l’origine de la publication de ce chiffre. Contactée, l’agence onusienne indique n’avoir été à aucun moment sollicitée par RFI à ce sujet. Ni le bureau du PAM au Togo, ni le bureau régional de Dakar, ni le siège de Rome n’ont échangé avec le journaliste auteur de l’article. Le chiffre de 330 000 personnes vulnérables existe bel et bien. Mais il figure dans des documents de plaidoyer des Nations Unies, aux côtés d’autres statistiques officielles, et n’a jamais fait l’objet d’une communication spécifique du PAM, encore moins d’une alerte.

En attribuant cette donnée au seul PAM, sans vérification ni consultation, RFI a commis une erreur d’attribution. Une faute déontologique qui fausse la perception du lecteur. Deuxième élément troublant : le cadrage choisi par l’article. Le même chiffre, disponible depuis novembre 2025, apparaît dans les rapports régionaux des Nations Unies. Or, ces documents montrent que la situation du Togo est nettement moins préoccupante que celle de la quasi-totalité des pays de la sous-région. Le ratio de personnes en insécurité alimentaire y est sensiblement inférieur. Pourquoi alors isoler le cas togolais pour en faire le sujet d’un article alarmiste ? Pourquoi ne pas mentionner ce contexte régional qui relativise la portée du chiffre ? Ce choix éditorial intrigue. Il donne l’impression d’une loupe grossissante posée sur le Togo, sans que rien ne le justifie au regard des données disponibles.

Les efforts du gouvernement passés sous silence

Troisième omission : l’article ignore totalement les réponses apportées par les autorités togolaises et leurs partenaires. Aucune mention du Plan d’urgence de renforcement de la sécurité (PURS), qui coordonne pourtant les actions de secours, de relèvement et de développement dans les zones affectées. Aucune référence aux programmes d’assistance alimentaire en cours. Aucune évocation des mécanismes de résilience déployés face aux chocs climatiques et sécuritaires. Le PAM lui-même participe à ces efforts. L’agence oriente ses opérations vers les populations déplacées et leurs communautés d’accueil. Elle collabore avec le gouvernement pour renforcer la production agricole et améliorer l’accès aux aliments nutritifs. Autant d’éléments factuels que le lecteur de RFI n’a pas pu découvrir.

Mais l’omission suspecte et la plus grave est l’absence totale de mise en perspective sous-régionale. Pourtant, les rapports publics du Cadre Harmonisé, consultable depuis novembre 2025, permettent une comparaison immédiate entre les pays de la région. Et celle-ci est sans appel. En situation projetée pour juin-août 2026 soit la même échéance que celle utilisée par l’article, le Togo compte deux zones classées en « Crise » sur les 37 analysées sur son territoire. Aucune n’est classée en « Urgence », ni en « Famine. En comparaison avec d’autres pays de la région, le Togo est bien l’un des pays les moins exposés. Le Nigéria compte 169 zones en « Crise » et 6 zones en « Urgence » alors que le Ghana est à 13 zones en « Crise » et le Niger 18. Le Bénin quant à lui dispose de deux zones en crise sur 21 analysées. A l’échelle donc des 15 pays analysés, le Togo fait figure de bon élève où l’insécurité alimentaire aigue n’est pas envisagée.

En isolant un chiffre, en l’attribuant à une source qui n’a pas été consultée, en taisant le contexte régional et en omettant les réponses en cours, l’article de RFI soulève de sérieuses questions. Celle de la manipulation de l’information par le cadrage, d’abord. Celle du respect des standards déontologiques, ensuite. Celle, enfin, de l’intention réelle derrière ce choix éditorial. La sécurité alimentaire est un sujet trop grave pour être traité avec légèreté. Les Togolais vulnérables méritent mieux qu’une utilisation déformée de leur situation. Ils méritent une information exacte, contextualisée et honnête.

 

 

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