
Ce n’est pas une nouveauté, mais l’ambition a changé d’échelle. Pour son ambitieux projet de mise en valeur du potentiel charbonnier de Salkadamna, le Nier a décidé de s’ouvrir à des partenariats stratégiques à connotation régionale. Après avoir frappé aux portes du Burkina Faso et du Mali, le pays étend sa campagne de séduction énergétique au Togo. La Ministre nigérienne de l’Energie, Amadou Haoua a été reçue mercredi dernier à Lomé pour présenter l’initiative aux autorités togolaises notamment le Président du Conseil, Faure Gnassingbé. Et l’argument est imparable : « Ce projet n’est pas seulement nigérien, il est ouest-africain ». Un plaidoyer pour une coalition régionale inédite face à la dépendance énergétique. Relancé en 2014 après trois décennies de léthargie, le complexe de Salkadamna dévoile aujourd’hui des ambitions à la mesure des 69 millions de tonnes de charbon de la région de Tahoua. Au programme : une centrale thermique modulable de 5 200 mégawatts, des lignes de transmission transfrontalières, une mine à ciel ouvert et une usine de briquettes capable de produire 100 000 tonnes annuelles. « Nous invitons la République sœur du Togo à s’associer à cette dynamique qui doit rendre notre région autonome », a martelé la ministre Haoua, soulignant l’accueil « attentif » des autorités togolaises.
Le calcul énergétique de Lomé
Pour le Togo, l’équation est double. Alors que le pays s’est engagé à atteindre l’accès universel à l’électricité d’ici 2030, Salkadamna offre une solution complémentaire, étant donné qu’une part importante de l’électricité togolais est produite à partir des centrales thermiques fonctionnant au gasoil ou au fuel importé. L’intégration d’une source charbonnière comme celle du Niger sera une opportunité de diversification des sources et un renforcement de lien stratégique sous-régional. « Le projet est à la fois intégré et intégrateur. Il est intégré en ce sens qu’il va permettre l’exploitation du charbon pour alimenter une centrale électrique, laquelle pourra évacuer et apporter de l’énergie à l’Alliance des Etats du Sahel et au Togo voire au Tchad. Il est ensuite intégrateur, parce qu’il fédère tous ces pays et il est ‘all in one’ en ce sens que tout est compris », a indiqué le Ministre togolais des Mines et des Ressources énergétiques, Robert Eklo. En somme, une opportunité de stabiliser les coûts face à la volatilité des marchés pétroliers et de sécuriser l’approvisionnement dans un contexte géopolitique tendu. Pour cela, le Niger entend jouer la transparence sur l’avancement du projet Une phase pilote de 600 MW est d’ores et déjà opérationnelle sur son territoire. Le consortium, mené par le groupe nigérien WANDA GROUP avec les partenaires chinois HEC et indien Kalpa-Taru, attend désormais un feu vert régional pour débloquer la phase des 5 200 MW. « Le projet est très avancé mais il a besoin de l’adhésion des pays frères pour passer à l’échelle supérieure », précise la ministre nigérienne.

Salkadamna incarne plus qu’un projet industriel
Derrière les promesses se dressent des défis de taille : financements colossaux, impact environnemental d’une exploitation charbonnière, et coordination inédite entre États aux priorités divergentes. Mais dans un contexte ouest-africain secoué par les crises énergétiques, Salkadamna incarne plus qu’un projet industriel : un pari géopolitique pour une souveraineté régionale. Et le Togo n’envisage être en reste pour réduire sa dépendance aux importations. Ce qui pourrait redessiner la carte énergétique de toute la sous-région.


















