
Le Togo n’a pas la taille de la Russie, de la Chine ou de l’Inde. Ni celle du Kazakhstan ou du Kirghizistan. Il n’a certes pas superficie, leur démographie, leur budget militaire, ni leur poids dans les instances internationales. Mais il a compris une évidence : dans un monde fracturé, la taille ne fait pas tout. Ce qui compte, c’est la position. Et le Président du Conseil, Faure Gnassingbé travaille la sienne avec une constance remarquable.
Son déplacement hier, lundi, à Bichkek, au Kirghizistan, pour assister au 26ᵉ sommet de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS), s’inscrit dans cette démarche. C’est le prolongement d’une stratégie diplomatique entamée depuis des années, pour ancrer le Togo dans le paysage eurasien. Le pays y est invité aux côtés de l’Égypte, seul autre État africain. Une marque de reconnaissance. Mais surtout un signal.
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Au-delà du Kirghizistan, Lomé entretient des relations cordiales avec plusieurs membres de l’OCS. La Chine est un partenaire économique et technique de premier plan. La Russie multiplie les échanges militaires et diplomatiques. L’Inde, par son industrie et ses investissements, est un interlocuteur de plus en plus présent. Le Togo ne découvre alors pas cette organisation : il entretient depuis des années des liens bilatéraux solides.
Quatre mois donc après sa visite officielle à Bichkek, en avril dernier, Faure Gnassingbé y est retourné. Et l’accueil n’a rien de purement protocolaire. Il est chargé de sens politique. En face, Sadyr Japarov a tenu à témoigner à son hôte une reconnaissance appuyée. Il a remercié le Togo pour son soutien à la candidature kirghize au poste de membre non permanent du Conseil de sécurité de l’ONU pour 2027-2028. « Nous y voyons un signe important de la confiance de la République togolaise envers le Kirghizistan », a-t-il souligné. Le Kirghizistan, lui, se dit prêt à soutenir le développement en Afrique.
Bichkek n’est pas la première incursion du Togo en Asie centrale. En novembre 2023, Faure Gnassingbé était à Astana, au Kazakhstan. Il y avait rencontré Kassym-Jomart Tokayev, visité le Sénat kazakh, le parc industriel Swiss-Grow, le complexe militaro-industriel Kazakhstan Paramount Engineering et l’Astana International Financial Centre. Le port de Lomé avait déjà été évoqué comme porte d’entrée stratégique pour les marchés asiatiques et européens.
Le Kazakhstan, autre acteur majeur de la région : producteur de pétrole, d’uranium, de gaz, de métaux, de blé. Un partenaire potentiel pour la sécurité énergétique et les échanges commerciaux. En s’y rendant, Lomé posait les fondations d’une relation encore jeune, mais prometteuse.
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Entre Astana et Bichkek, il y a Moscou. En novembre 2025, Faure Gnassingbé s’est rendu au Kremlin pour rencontrer Vladimir Poutine. Le Togo a signé un accord de coopération militaire. Il prépare l’ouverture d’une ambassade à Moscou comme Moscour prépare aussi la sienne à Lomé. Des instructeurs russes ont été signalés sur le sol togolais selon des sources sécuritaires. Et le port de Lomé est devenu un maillon logistique pour les convois vers le Sahel, où les juntes de l’AES coopèrent avec Moscou.
De l’avis de plusieurs observateurs très attentifs à ce dynamisme diplomatique, le Togo ne rompt pas avec l’Occident. Il n’en a d’ailleurs pas l’intention. Mais il entretient avec la Russie une relation qui relève du pragmatisme stratégique. Ni alignement, ni hostilité. Juste des intérêts croisés et bénéfique à son pays.
Le Togo partage une région sous tension. Le Sahel est en crise. Les pays de l’Alliance des États du Sahel (AES) se sont tournés vers la Russie. Le Togo, lui, reste un pont. Il ne condamne pas les juntes sahéliennes et leur laisse ses frontières. Le port de Lomé est une porte d’entrée pour les marchandises et, selon certaines sources, tels que le média Jeune Afrique pour des convois qui alimentent les forces au Sahel.
Cette position est délicate. Elle expose Lomé aux critiques. Mais elle répond à une logique : celle d’un petit État qui refuse d’être écrasé par les crises de son voisinage. Faure Gnassingbé joue les équilibres. Il parle à Bamako, à Niamey, à Moscou, à Paris, à Pékin, à Washington. Et il maintient sa stabilité.
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Derrière ce rapprochement de Lomé avec ces puissances telles que la Russie, le média d’informations stratégiques Africa Intelligence a révélé le rôle des conseillers de l’ombre comme Françoise Joly ou d’Alexander Zingman. Ce dernier selon le média travaille aussi à organiser une visite prochaine de Faure Gnassingbé à Minsk, chez Alexandre Loukachenko. L’homme d’affaires, très actif en Afrique, prépare discrètement ce déplacement. Le ministre biélorusse des affaires étrangères était déjà venu à Lomé en mars. Un consul honoraire de Biélorussie pourrait bientôt être nommé.
En dehors donc des relations bilatérales, le Togo entend aussi porter la voix de l’Afrique surtout de l’Ouest dans ces enceintes. « La participation de notre pays à ce sommet des chefs d’État traduit notre diplomatie d’ouverture et notre volonté de porter la voix de l’Afrique sur les grands enjeux de paix, de sécurité, de multilatéralisme et de développement », a déclaré Faure Gnassingbé dans un message posté sur ses canaux digitaux.
A Bichkek, le Togo et l’Égypte sont les deux pays africains invités. C’est alors une responsabilité. Lomé l’assume. Elle parle de l’Afrique, de ses urgences, de ses opportunités. Elle le fait avec la modestie d’un petit pays qui veut compter. Il tisse. Entre l’OCS, la CEDEAO, l’Union africaine, l’Europe et l’Amérique, Lomé cultive l’art de la position. Son port, sa stabilité, sa géographie sont des atouts. Sa neutralité active en est un autre.
Faure Gnassingbé par ailleurs ne cherche pas la rupture. Il cherche la place. Être là où les choses se décident. Multiplier les portes d’entrée. Ne jamais dépendre d’un seul centre de gravité. C’est la diplomatie du possible. Celle des petits États qui veulent survivre aux grands bouleversements. Le sommet de Bichkek n’a rien de spectaculaire. Mais il illustre bien une réalité : le Togo est entré, discrètement, dans le jeu eurasien. Et il compte y rester.



