L’information est passée sans une résonance particulière. Pourtant, la mesure, elle, était inattendue et spectaculaire. Le Chef de l’État a en effet pris la décision vendredi dernier d’accorder la grâce à 956 détenus sur le territoire national. De la prison civile de Dapaong à Lomé passant par Tsévié, Vogan ou encore Sokodé et Kpalimè, les prisonniers concernés recouvrent depuis samedi dernier leur liberté. Dans un pays où l’effectif carcéral est estimé – selon Prisonniers sans frontières (PSF) – à environ 5 000, la mesure d’en libérer plus de 19% est d’une grande importance. Alors, elle ne passe pas inaperçue et se révèle à bien des égards un soulagement. Comme bien de pays, le Togo est confronté à une véritable surpopulation carcérale : ses 13 prisons ont une capacité totale de 2720 détenus, et abritent 83,8% prisonniers en trop.
La grâce présidentielle accordée pourrait être interprétée, en absence d’une version officielle, comme un acte de décongestion des lieux d’incarcération. Déjà en décembre 2022, l’Organisation Mondiale contre la torture (OMCT) invitait le Togo à réduire la surpopulation carcérale dont 63% sont directement concernés par la détention provisoire, selon la Commission Nationale des Droits de l’Homme (CNDH). Cette dernière avait également organisé dans ce cadre l’année dernière des audiences correctionnelles spéciales, appelées « audiences foraines ». En actant alors la libération d’environ 1000 détenus, le Chef de l’État Faure Gnassingbé vise à améliorer davantage leurs conditions de détention, ainsi que leur accès aux soins de santé et à leurs droits fondamentaux. Mais au-delà, cette décision jugée « noble » par certains observateurs est toute aussi un témoignage d’humanité de la part du Chef de l’État. Elle permet à la fois à des prisonniers de retrouver leurs familles en cette veille de fin de l’année.
Au Togo, le droit de grâce appartient au Président de la République après avis du Conseil Supérieur de la Magistrature.( article 73 de la Constitution). En décidant donc d’user de ce pouvoir discrétionnaire, il manifeste un geste d’humanité en faveur des nombreux togolais qui pour une raison ou une autre se sont retrouvés derrière les barreaux. Il s’agit en priorité de leur donner une nouvelle chance afin que tous les citoyens togolais participent à l’œuvre de développement du pays. « La prison ne doit être qu’un passage. Le nombre de personnes concernées par cette grâce est énorme. Certes, ce n’est pas une première mais elle revêt un caractère spécial. C’était un peu comme la libération des 1048 prisonniers au début de la pandémie en 2020 », a expliqué un acteur de la justice.

















