
Dans le paysage ouest-africain en reconfiguration, où les sentiments populaires et les calculs géostratégiques s’entremêlent, la voix des citoyens est trop souvent occultée surtout par le bruit des chancelleries et de la propagande institutionnelle. Pourtant, l’enquête exclusive de Jeune Afrique confiée à Sagaci Research dans sept (07) pays du continent sur l’opinion de leurs citoyens au sujet de l’Alliance des Etats du Sahel (AES) en révèle le paradoxe. Selon les résultats de cette étude, 84% des citoyens togolais interrogés « considèrent l’AES comme une bonne ou une très bonne initiative pour la région ». Il en est de même chez les Camerounais (82%), les Guinéens (80%), les Béninois (78%) ou encore les Sénégalais (69%). Ces mêmes citoyens se disent « assez » ou « très satisfaits » des résultats obtenus par signature de la charte du Likpato-Gourma actée le 16 septembre 2023. C’est le cas de 76% des Togolais. Un plébiscite qui trouve un écho saisissant dans le sondage Afrobarometer de novembre 2024 où déjà 54% de l’opinion nationale se déclaraient favorables à l’adhésion de leur pays à l’AES même au détriment de la CEDEAO. On y lit là une adhésion qui en plus d’être profonde, transversale ne relève pas du hasard.
Ce constat certes statistique vient en effet valider rétrospectivement la posture conciliatrice, pragmatique et visionnaire adoptée par le Président du Conseil, Faure Gnassingbé depuis la série de coup d’Etat au Mali, au Burkina Faso et au Niger. Alors que certains y voyaient une manœuvre opportuniste ou un calcul égocentré, il apparaît aujourd’hui que le dirigeant togolais n’a fait que traduire dans l’action diplomatique les aspirations profondes de son peuple. Son refus de condamner hâtivement les juntes, son insistance sur le dialogue et la souvenait des peuples était moins une tactique de circonstance que l’expression d’une conviction partagée par une majorité des Togolais. En réalité, ce ralliement de l’opinion publique togolaise s’explique par une confluence de facteurs historiques et structurels. Terre de dialogue et de compromis, le Togo a toujours cultivé une certaine idée de la souveraineté équilibrée, entre respect des alliances traditionnelles et affirmation d’une indépendance de jugement. Le leadership de Faure Gnassingbé incarne cette continuité dans l’approche diplomatique : pragmatique sans être opportuniste, souveraine sans être isolationniste. Et le peuple togolais dans sa diversité, reconnaît alors dans cette orientation stratégique une réponse pertinente aux défis régionaux : la lutte contre le terrorisme, la promotion d’une coopération mutuellement bénéfique et le refus d’une domination extérieure souvent contre-productive créent une communauté de destin qui dépasse le simple symbole.
Contrairement à d’autres pays où le soutien à l’AES relève parfois de la « revanche par procuration » pour reprendre l’expression de François Soudan en commentant les résultats de cette enquête, l’adhésion togolaise semble reposer sur des bases plus concrètes. Cette spécificité explique pourquoi le pays est devenu un interlocuteur incontournable pour les puissances étrangères cherchant à se repositionner dans la région. Les États-Unis, la France et autres acteurs internationaux voient en Lomé non pas un partisan inconditionnel de l’AES, mais un pivot stabilisateur, un médiateur crédible capable de naviguer entre les différentes sensibilités régionales. En témoigne, le discret déplacement à Lomé en début d’année de Nicolas Lerner, le patron de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) pour des échanges géostratégiques avec Faure Gnassingbé. Sans oublier les solides connexions entretenues depuis lors entre le service de renseignement français et l’Agence nationale du renseignement (ANR) du Togo dirigée par le Colonel Esso Tchakpélé.
Mieux, cette enquête en plus de corroborer les propos du chef de la diplomatie togolaise, Robert Dussey qui évoquait au détour d’une interview en mars dernier la possibilité d’une adhésion du Togo à l’AES fonctionne comme une caution populaire par translation accordée à la gouvernance de Faure Gnassingbé. En approuvant sa vision géostratégique, les togolais dans leur majorité ne cautionnent pas seulement une orientation diplomatique. Ils consacrent l’ensemble des choix de gouvernance qui l’ont rendue possible. Ce qui crée ainsi une sorte de cercle vertueux où la crédibilité internationale acquise nourrit la légitimité intérieure, confortant le Président du conseil à conduire des réformes audacieuses et à incarner une forme de leadership qui transcende les clivages politiques habituels. Ce leadership parfois contesté, souvent incompris, s’avère aujourd’hui non seulement pertinente, mais profondément en phase avec les aspirations de son peuple. Une leçon de politique étrangère qui mérite d’être méditée, et qui confère au Togo une influence diplomatique sans précédent dans la région.














