Dès demain, le Togo tourne une page décisive de son histoire. Alors que le mandat de cinq (05) ans du Président Faure Gnassingbé, s’achève officiellement, une séance plénière historique se tiendra pour désigner le premier Président du Conseil des Ministres de la Ve République. Une désignation qui, selon les pronostics, conclura la reconduction de l’actuel Chef de l’Etat sous la nouvelle étiquette constitutionnelle. Deux communiqués ont coup sur coup donné le top. Kodjo Sévon-Tépé Adedzé, le président de l’Assemblée nationale, a convoqué les députés pour une séance plénière à 7h, en application de l’article 47 de la Constitution : désigner le Président du Conseil des ministres, pièce maîtresse du régime parlementaire instauré par la réforme de 2024. Deux heures de temps après, 9h, plus précisément ce dernier prêtera serment à la Place des fêtes de la Présidence de la République devant la Cour Constitutionnelle. Après, dans la même journée, ce sera l’ouverture dès 14h30 du premier Congrès du Parlement pour l’élection du Président de la République. Deux rendez-vous en un jour, dans le même hémicycle, pour acter une transition aussi symbolique qu’orchestrée.

Un nouvel attelage institutionnel pour une « fraîcheur démocratique ».
Avec 108 sièges sur 113 remportés par l’Union pour la République (UNIR) aux législatives de 2024, le parti au pouvoir détient les clés de la désignation. Faure Gnassingbé, président sortant et Président incontesté de l’UNIR, devrait logiquement hériter du poste de Président du Conseil. Une fonction aux pouvoirs élargis : direction de l’exécutif et des armées, contrôle de l’agenda législatif, et mainmise sur la diplomatie. Le futur président de la République, lui, se contentera d’un rôle protocolaire, selon la nouvelle Constitution. Le gouvernement vante une « révolution institutionnelle » : fini le présidentialisme et place à un système où « le Parlement incarne la souveraineté populaire ». Pour ses défenseurs, ce modèle permettrait une gouvernance plus collégiale, intégrant opposition et société civile. « La Ve République marque une rupture avec les vieux démons de la concentration du pouvoir », peut-on résumer selon les déclarations des uns et des autres.

Le pari nécessaire pour la stabilité
Un constat s’impose pourtant : le Togo cherche à se réinventer. En théorie, le régime parlementaire offre une tribune aux forces politiques marginalisées. La création du Congrès (Assemblée + Sénat) et l’obligation de consultation des partenaires sociaux pourraient insuffler un « supplément d’âme » à la gouvernance. L’enjeu pour les partisans, c’est de transformer un perfectionnement institutionnel en dynamique collective et une inclusion politique. Car au-delà de l’hégémonie manifeste de UNIR, il sera nécessaire dans une collaboration des forces vives de la Nation d’associer l’opposition et la société civile sur des dossiers clés du pays pour gagner en légitimité. Pour Faure Gnassingbé, ce samedi 3 mai représente donc bien plus qu’une passation de pouvoir. C’est l’aboutissement d’une stratégie de long terme : en se muant en chef de gouvernement, il souscrit à la volonté des Togolais de faire une nouvelle expérience politique. Un jeu d’équilibriste entre la réalité de ces dernières années et la promesse de modernité.

Ce samedi donc, Lomé vivra au rythme des symboles : lever de soleil sur l’hémicycle pour la désignation du Président du Conseil, puis prestation de serment et enfin ouverture solennelle du Congrès pour l’élection du Président de la République. Entre les lignes, c’est l’âme d’une nation qui se joue. Ainsi, la Ve République togolaise naîtra-t-elle sous le signe du pluralisme et d’un renouveau démocratique. Une chose est sûre : Faure Gnassingbé, stratège hors pair, a déjà gagné la première manche. À lui maintenant d’écrire la suite sans trahir l’espoir d’un « Togo nouveau » qu’il appelle de ses vœux.














