Samedi dernier, à quelques heures seulement de la fin du mois béni de Ramadan, la mosquée centrale de Guéma à Parakou a vibré au rythme d’une prière à la fois fervente et engagée. Une douzaine d’Imams et de leaders religieux des mosquées centrales de la ville de Parakou et environs entourée d’une foule dense de fidèles musulmans, ont uni leurs voix pour invoquer la paix, la cohésion nationale et… le retour de tous les exilés et la libération des détenus politiques notamment l’ancienne ministre Reckya Madougou. Un moment spirituel aux résonances clairement politiques dont l’objectif en effet est d’implorer la bonté du Chef de l’État et la clémence de la République du Bénin à l’egard de ces fils et filles qui continuent de croupir en prison malgré les demandes de libération tel dans le cas de Reckya Madougou par le Groupe de travail sur la détention arbitraire de l’Onu.

Dans une atmosphère recueillie, l’imam de la Mosquée centrale de Yarakinnin, ElHadj Mouhamed AWALI ISSA, a prononcé avec émotion l’exhortation principale : « Notre souhait premier est la paix pour notre pays le Bénin. Nous prions Dieu pour que nos sœurs et frères qui sont en prison ou en exil bénéficient de la clémence du président Patrice Talon. Notre souci majeur est que notre sœur Reckya Madougou recouvre sa liberté ainsi que le professeur Aïvo, et que tous les exilés politiques rentrent. » Pour lui, Allah entend toujours les cris de détresse de ceux et celles qui sont en difficulté. « La paix véritable ne se construit que sur la justice et le respect mutuel », a martelé l’un des imams, sous les « âmine » approbateurs de l’assemblée.
Au-delà du religieux, un enjeu national
La cérémonie a attiré bien au-delà des fidèles habituels : une délégation imposante du parti Les Démocrates (LD) composée de députés, de conseillers municipaux et de responsables locaux a marqué les esprits. Cette convergence entre religieux et politiques a donné à l’événement une portée symbolique forte, dans un Bénin où les tensions post-électorales et les arrestations controversées alimentent les débats. Cette prière collective vient alors agir comme un signal aux attentes de réconciliation et d’apaisement sollicitées par l’opinion publique en particulier la société civile et l’opposition.
Si l’Aïd-El-Fitr est traditionnellement un moment de ferveur et de partage, la prière de Parakou a transcendé le spirituel. Elle reflète une quête plus large : celle d’un Bénin réconcilié, où pluralisme politique et justice sociale iraient de pair. « Quand la mosquée se fait écho des aspirations du peuple, le pouvoir doit écouter », murmure un fidèle en sortant. Un avertissement en forme de prière ? En tout cas, entre les lignes des sermons, un message sans équivoque a été délivré aux autorités : aucune paix durable ne se construira sans justice, sans libérations, sans véritable dialogue. À l’heure où le pays s’achemine vers de nouveaux scrutins, Parakou offre ainsi une leçon de maturité démocratique. Reste à savoir si ce vibrant plaidoyer pour l’apaisement, porté par les imams comme par la population, trouvera écho au plus haut niveau.



















