BOAD : Gestion contestée et tensions politiques, la fin de règne de Serge Ekué
Le mandat de Serge Ekué à la présidence de la Banque ouest-africaine de développement (BOAD) s'est achevé le 28 août 2026. Selon un rapport confidentiel, les chefs d'État de l'UEMOA ont refusé de le reconduire, actant un divorce consommé sur fond de griefs financiers et de tensions politiques.

L’échéance aurait pu n’être qu’une formalité administrative. Mais elle est entrain de se transformer en désaveu. En décidant de ne pas renouveler le mandat du dirigeant béninois, selon un rapport confidentiel, les dirigeants de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) envoient un signal fort. Au terme de six années à la tête de l’institution, l’homme fort de la BOAD s’apprête à quitter ses fonctions sur un constat d’échec, laissant une banque fragilisée par les critiques et les blocages politiques.
Parmi les principaux reproches formulés par les chefs d’État, et détaillés dans le document consulté, figure une dérive stratégique. Il est reproché à l’ancien dirigeant d’avoir privilégié la mobilisation de ressources et les produits de placement au détriment du financement direct des projets de développement. Les chiffres avancés dans ce rapport donnent le vertige. Des commissions estimées à plus de 100 milliards de francs CFA auraient été englouties, et les revenus du placement constitueraient plus de la moitié des résultats de la banque. Une orientation jugée trop financière, qui a détourné l’institution de sa mission première.
Un climat social et des scandales de gestion
Toujours d’après les conclusions de ce rapport, les critiques ne s’arrêtent pas aux seuls choix financiers. Sur le plan interne, le climat social se serait profondément dégradé. Les réorganisations successives, notamment le fameux « projet Oasis », auraient attisé les tensions et mis en lumière des disparités salariales criantes entre les cadres historiques et les profils proches de la présidence. Le document pointe également le train de vie dispendieux de la présidence et le recours massif à des cabinets de conseil externes, dont les contrats opaques ont suscité la méfiance.
Mais c’est sans doute le faible taux de décaissement des fonds qui aurait porté le coup de grâce. Évalué à seulement 25 % en 2025 dans le document, ce chiffre illustre un décalage inacceptable entre l’argent levé sur les marchés et celui qui arrive réellement sur le terrain. Face à ces dysfonctionnements, les dirigeants sous-régionaux auraient estimé qu’il était temps de tourner la page pour restaurer la crédibilité de la banque.
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Ce départ annoncé s’explique aussi par la complexe mécanique politique de l’UEMOA. L’attribution de la présidence de la BOAD au Bénin ne relève pas d’une règle écrite, mais d’un accord tacite historique. Le Togo accueille le siège physique, le Sénégal abrite la BCEAO, la Côte d’Ivoire désigne le gouverneur, et le Bénin propose le président de la BOAD. Un équilibre diplomatique qui a longtemps fonctionné.
Cependant, ce droit de proposition ne garantit rien. Le candidat béninois doit encore obtenir le consensus et la confiance des autres chefs d’État. Or, les tensions politiques actuelles au sein de l’Union ont paralysé le processus de renouvellement. Le Bénin ne peut pas imposer seul son choix. Dans les coulisses, le nom d’une haute cadre financière béninoise circule déjà pour prendre la relève, selon KoriActu, un média en ligne axé sur l’actualité économique et financière de l’Afrique de l’Ouest. Une chose est sûre : la prochaine présidence devra faire oublier cette crise et replacer les populations ouest-africaines au cœur des priorités de l’institution.



