Énergie

Togo : Face aux délestages, le gouvernement dévoile son plan d’urgence et sa stratégie à long terme

Les députés voulaient des explications. Ils ont eu un plan. Ce vendredi 26 juin, le ministre délégué chargé de l’Énergie et des Ressources minières, Robert Koffi Messan Eklo, était devant l’Assemblée nationale pour répondre aux interrogations sur la multiplication des délestages et des coupures d’électricité. Une séance de questions orales avec débat qui a permis au gouvernement de détailler les causes de la crise et, surtout, les solutions engagées.

L’interpellation, portée par le député Hessou Passiwè, Vice-président de la Commission agropastorale, a mis en lumière le ras-le-bol des populations. Depuis plusieurs mois, les coupures se multiplient dans plusieurs localités, y compris à Lomé. Le ministre a expliqué que ces délestages résultent d’une baisse significative des importations d’électricité en provenance du Ghana et du Nigeria.La demande nationale atteint environ 360 mégawatts aux heures de pointe. La production nationale plafonne à 180 mégawatts. Les importations, qui s’élevaient habituellement à 110 mégawatts en provenance du Ghana et 115 mégawatts du Nigeria, sont tombées à certains moments à 20 mégawatts et 70 mégawatts. Un déficit de puissance qui ne laisse pas d’autre choix que de couper. Le ministre a tenu à distinguer les délestages liés à l’insuffisance de puissance disponible, des coupures techniques, causées par des incidents sur le réseau, des travaux de maintenance ou des intempéries. Il a aussi pointé l’impact des fortes chaleurs qui accentuent la consommation aux heures de pointe.

Des mesures d’urgence déjà enclenchées

Première réponse : injecter de la puissance supplémentaire. Un groupe de production de 20 mégawatts est en service depuis 2025. Un second, de même capacité, sera mis en exploitation très prochainement. Le gouvernement mène également des discussions avec les fournisseurs d’électricité et de gaz pour sécuriser les approvisionnements. Deuxième axe : les énergies renouvelables. La centrale solaire de Dapaong, d’une capacité de 25 mégawatts-crête couplée à un stockage de 40 mégawattheures, sera mise en service prochainement. Le ministre a également invité ménages, entreprises et industries à adopter des comportements d’efficacité énergétique pour réduire la consommation durant les pics de demande.Au-delà de l’urgence, le gouvernement met en œuvre le pacte énergétique Togo Horizon 2030. La souveraineté énergétique a un coût : chaque mégawatt supplémentaire nécessite près d’un million de dollars d’investissement, sans compter le renforcement du réseau. Les tensions sur le marché mondial, aggravées par la demande liée à l’intelligence artificielle et les conflits dans le Golfe, compliquent l’acquisition d’équipements et allongent les délais de livraison.

Le plan prévoit la construction d’une centrale thermique de 120 mégawatts à Lomé, l’accélération du développement des énergies renouvelables avec les centrales solaires de Sokodé (60 mégawatts-crête) et Awandjélo (42 mégawatts-crête), l’extension de la centrale de Blitta (30 mégawatts-crête supplémentaires avec 10 mégawattheures de stockage) et un projet de centrale hydroélectrique à transfert d’énergie par pompage à Kpimé. Ce dernier permettra de porter la capacité du site de 2 à 60 mégawatts grâce à une centrale solaire de 100 mégawatts.

À terme, ces projets devraient porter les capacités solaires nationales à près de 400 mégawatts-crête. Le ministre a également annoncé le déploiement progressif de batteries de grande capacité sur des points stratégiques du réseau pour améliorer la stabilité de l’alimentation, notamment dans les zones industrielles et les centres administratifs.Au terme des débats, le Président de l’Assemblée nationale, le Professeur Komi Selom Klassou, a salué la qualité des explications fournies et les efforts engagés. Il a exhorté l’exécutif à poursuivre les actions pour mettre fin aux délestages intempestifs. « L’accès à une électricité fiable constitue un levier essentiel de développement économique, d’amélioration des conditions de vie des populations et de compétitivité des entreprises », a-t-il rappelé. Les députés ont marqué leur satisfaction. Mais ils attendent désormais des résultats.

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