Togo-Bénin : à Lomé, Faure Gnassingbé et Romuald Wadagni tracent les contours d’un partenariat renforcé.
Il n’a pas fallu longtemps au nouveau président béninois pour poser ses valises à Lomé. Moins de deux semaines après son investiture, Son Excellence Romuald Wadagni a effectué, hier 3 juin 2026, l’une de ses toutes premières visites officielles en République togolaise, répondant à l’invitation personnelle de Faure Essozimna Gnassingbé, Président du Conseil. Un geste diplomatique lourd de sens, qui dit beaucoup sur la nature singulière et profondément humaine des liens qui unissent ces deux nations sœurs du golfe de Guinée et sur la vision que partagent leurs deux dirigeants pour l’avenir de la sous-région.
Choisir Lomé comme l’une de ses premières destinations officielles n’est pas anodin. Entre le Togo et le Bénin, l’histoire, la géographie et les peuples ont tissé des liens que la politique ne fait que formaliser et amplifier. Le communiqué officiel publié par la Présidence du Conseil de la République togolaise le rappelle avec solennité : cette visite « s’inscrit dans le cadre des relations historiques d’amitié, de fraternité, de solidarité et de coopération exemplaire qui unissent le Bénin et le Togo. » Mais au-delà du registre protocolaire, ce déplacement témoigne aussi, selon le même document, « de la volonté commune des plus hautes autorités des deux pays de consolider davantage leur partenariat stratégique au service du développement et du bien-être de leurs populations. » Une formulation qui résume à elle seule l’ambition affichée par les deux chefs d’État : ne pas se contenter d’entretenir un héritage, mais l’approfondir activement.

Avant d’entrer dans le vif des dossiers, les deux dirigeants ont pris le temps de célébrer ce qui les unit au-delà des frontières administratives. Le communiqué de presse conjoint souligne qu’ils « se sont félicités de la qualité des liens séculaires de voisinage, de fraternité et de coexistence harmonieuse entre leurs peuples », réaffirmant simultanément « leur détermination à œuvrer au renforcement de cette coopération dans tous les domaines d’intérêt commun. » Ils ont également mis en avant « l’importance du dialogue politique permanent comme instrument privilégié de concertation, de prévention des différends et de promotion de la paix, de la stabilité et de la confiance mutuelle entre les deux pays. »
Derrière le protocole, les deux dirigeants ont travaillé. Et sur des sujets de fond, concrets, structurants. Sur le plan économique d’abord, le communiqué indique qu’ils « se sont réjouis de la progression constante des échanges commerciaux entre le Togo et le Bénin », une dynamique qu’ils entendent non seulement préserver, mais accélérer. Pour ce faire, ils ont « convenu de poursuivre les efforts visant à renforcer les infrastructures de connectivité, à améliorer la fluidité des échanges transfrontaliers, à promouvoir les investissements privés et à développer les complémentarités économiques entre leurs pays. » Un programme en quatre axes qui couvre l’ensemble de la chaîne de valeur économique entre les deux nations : du bitume aux capitaux, en passant par les douanes et les synergies sectorielles.

Sur le terrain sécuritaire, le ton s’est fait plus grave, à la mesure des périls qui menacent la sous-région. Le communiqué fait état de la « vive préoccupation » exprimée par les deux dirigeants « face à la persistance et à l’expansion des menaces terroristes, de l’extrémisme violent et de la criminalité transfrontalière organisée dans la sous-région ouest-africaine. » Face à ce constat alarmant, les deux Présidents ont réaffirmé « leur détermination à renforcer davantage la coopération sécuritaire entre leurs pays, notamment à travers l’intensification des échanges de renseignements et la sécurisation des espaces frontaliers communs. » Mais ils ont refusé de limiter leur réponse au seul volet militaire ou sécuritaire, soulignant la nécessité d’adopter « une approche globale des défis sécuritaires, intégrant les dimensions de développement économique, de gouvernance, de cohésion sociale et d’emploi des jeunes afin de s’attaquer durablement aux causes profondes de l’insécurité. »
À l’échelle régionale et mondiale, Lomé et Cotonou entendent désormais parler d’une seule voix sur les grandes questions qui engagent le destin du continent. Le communiqué indique que les deux présidents « se sont félicités de la convergence de vues de leurs pays sur les principales questions d’actualité internationale ainsi que sur les défis auxquels sont confrontés l’Afrique et le monde. » Cette convergence s’est traduite par des engagements explicites : ils ont « réaffirmé leur attachement au multilatéralisme, au respect du droit international, au règlement pacifique des différends et à une réforme des institutions internationales permettant une meilleure prise en compte des aspirations et des intérêts légitimes du continent africain. » Une prise de position claire, à contre-courant des replis nationalistes qui fragilisent d’autres coalitions sur le continent, et qui positionne le binôme togolo-béninois comme un pôle de stabilité et de raison dans un environnement géopolitique mondial de plus en plus turbulent.

Au terme de cette journée dense, Romuald Wadagni a exprimé « sa profonde gratitude à Son Excellence Monsieur Faure Essozimna Gnassingbé ainsi qu’au Gouvernement et au peuple togolais pour l’accueil chaleureux et fraternel qui lui a été réservé », saluant également l’hospitalité accordée à la délégation qui l’accompagnait. La visite s’est conclue par un geste diplomatique d’égale portée : Romuald Wadagni a convié Faure Gnassingbé à effectuer à son tour « une visite officielle en République du Bénin », invitation que le Président du Conseil togolais a acceptée. « Les modalités et la date de cette visite seront arrêtées d’un commun accord par voie diplomatique », précise sobrement le communiqué.



