Et si le Togo venait de créer, sans bruit, un régime politique sans équivalent nulle part ailleurs ? C’est la thèse saisissante que défend le Professeur titulaire de droit public de l’Université de Lomé, Adama Mawulé Kpodar dans cette analyse scientifique.
Alors que la Constitution du 6 mai 2024 aurait pu passer pour une énième adaptation du modèle parlementaire classique, le constitutionnaliste lève le voile sur une mécanique institutionnelle d’une audace insoupçonnée. Selon son diagnostic, le régime togolais n’est ni tout à fait moniste, ni véritablement dualiste, mais relève d’une catégorie inédite : un « régime parlementaire dualiste inversé », où le Président de la République, certes élu mais sans pouvoir, peut être destitué par le Parlement, tandis que le Président du Conseil, véritable « Jupitérien » tout-puissant, est verrouillé par une majorité intouchable.
Derrière cette architecture complexe, c’est tout un art de la stabilité qui se dessine. L’auteur décrit avec une plume alerte ce qu’il nomme le « Lucky Luke constitutionnel » : un duel permanent entre le chef du gouvernement et l’Assemblée nationale, où celui qui dégaine le plus vite l’emporte. Entre mandat impératif déguisé, motion de censure constructive et droit de dissolution conditionné, Lomé a tissé un filet de sécurité si serré qu’il rend tout renversement quasi impossible… sauf à sacrifier le chef sur l’autel de l’unité partisane. Une leçon de droit comparé qui, au-delà du cas togolais, interroge notre vision de la démocratie et de la gouvernance en Afrique et dans le monde.
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