
L’économie togolaise confirme son dynamisme et sa résilience. Pour la première fois de son histoire, le pays a vu son Produit Intérieur Brut (PIB) nominal franchir la barre symbolique des 6 000 milliards de FCFA en 2024, pour s’établir à 6 458,3 milliards, contre 5 954,2 milliards un an plus tôt. Cette performance, révélée par le Comité national de la statistique, est sous-tendue par une croissance réelle robuste de 6,5 %, surpassant le taux de 2023 (6,2 %) et plaçant Lomé bien au-dessus de la moyenne de l’UEMOA, estimée à 5,5 %. Cette progression annuelle, cependant, cache un parcours trimestriel contrasté. L’économie a en effet essuyé un recul de 5,8 % au premier trimestre, avant de connaître un rebond spectaculaire au quatrième trimestre, avec une expansion fulgurante de 17,7 % qui a dopé la moyenne et ancré une trajectoire solide sur l’ensemble de l’exercice.
La performance togolaise repose sur une dynamique sectorielle diversifiée. Le secteur tertiaire confirme son rôle de premier contributeur, générant 3 174,9 milliards FCFA de valeur ajoutée, soit une hausse de 5,4 % qui a apporté 2,7 points de croissance. Cette vitalité a été portée par le commerce (+16 %, 482,5 milliards FCFA), les télécommunications (+11,4 %, 407,9 milliards FCFA) et les services aux entreprises, en forte progression de 18,5 % (262,3 milliards FCFA). Le secteur secondaire a quant à lui opéré une nette reprise, affichant une croissance de 7,1 % pour atteindre 1 319,4 milliards FCFA. La construction a été la véritable locomotive de ce redressement, bondissant de 44,7 % (314,8 milliards FCFA) et contribuant à elle seule à hauteur de 1,5 point à la croissance du PIB national. Elle a été soutenue par des performances remarquables dans la métallurgie (+23,1 %, 125,1 milliards FCFA) et l’agroalimentaire (+5,2 %, 312,6 milliards FCFA). Enfin, le secteur primaire a maintenu un rythme soutenu avec une croissance de 5,9 %, produisant une valeur ajoutée de 1 377,5 milliards FCFA. Cette résilience, légèrement en retrait par rapport à 2023, s’explique par de bonnes récoltes agricoles, boostées par le développement des Zones agricoles planifiées (ZAAP).

L’impact tangible des réformes et des infrastructures
Cette dynamique de croissance n’est pas le fruit du hasard. Elle est largement attribuable à la demande intérieure et aux politiques publiques menées dans le cadre de la feuille de route gouvernementale 2020-2025, qui misent sur des chantiers structurants. La Plateforme industrielle d’Adétikopé (PIA) est entrée en phase de croisière en 2024, avec l’installation d’unités de transformation du soja, de confection textile et d’usines de montage. Hébergeant déjà plus d’une quinzaine d’unités industrielles et ayant généré près de 2 000 emplois directs, elle vise les 7 000 d’ici fin 2025. Parallèlement, le port de Lomé a consolidé son statut de hub logistique régional en franchissant le cap historique des 30,6 millions de tonnes de trafic, dont plus de 2 millions d’EVP conteneurisés. La digitalisation accélérée des services, des douanes aux paiements en passant les démarches administratives, a fluidifié les échanges et accru la productivité globale.

Si le tableau est globalement positif, certaines branches industrielles révèlent des fragilités structurelles. Des contractions sévères ont été enregistrées dans la production électrique (-42,1 %), le textile (-9,1 % en 2023 avant une reprise timide) et le bois (-22 %). À l’inverse, d’autres secteurs comme l’extraction (+25,5 %) ont affiché des performances remarquables. Malgré une inflation contenue à 2,3 % en moyenne (contre 2,9 % en 2023), préservant le pouvoir d’achat et soutenant la consommation, des vents contraires se lèvent. Le Fonds monétaire international alerte sur les pressions budgétaires croissantes liées aux dépenses sécuritaires dans le nord du pays. Pour les autorités, le défi est désormais de taille : consolider ces acquis macroéconomiques solides et transformer cet élan de croissance en un développement durable et inclusif pour l’ensemble de la population.















