
Le Togo veut prendre le virage du nucléaire civil. Et il ne compte pas y aller seul. Présent à Kigali hier mardi 19 mai pour la deuxième édition du Sommet sur l’Innovation en matière d’énergie nucléaire en Afrique (NEISA 2026), le Président du Conseil, Faure Essozimna Gnassingbé, a livré un plaidoyer résolu pour une Afrique qui cesse d’attendre et s’organise. Face à un parterre de chefs d’État, d’experts et de partenaires internationaux, le dirigeant togolais a posé trois questions qui structurent sa vision. La première est celle de la lucidité. « Les énergies renouvelables, aussi essentielles soient-elles, ne suffiront plus, elles seules, à porter notre industrialisation », a-t-il affirmé, avant de pointer ce que beaucoup pensent sans toujours le dire : « Les industries de transformation, les centres de données, l’intelligence artificielle, le numérique africain de demain, exigent une électricité continue, décarbonée, compétitive en électricité de base. »
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Pour Faure Gnassingbé, le nucléaire civil, « et singulièrement les petits réacteurs modulaires et les micro-réacteurs, n’est plus une option lointaine ». Il rappelle que la Banque mondiale a levé son interdiction historique de financer le nucléaire, que la COP et les institutions financières ont validé la technologie. « À nous, désormais, de changer de regard. »

La deuxième question est celle de la responsabilité. Et sur ce point, le Togo n’est pas venu les mains vides. Membre de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) depuis 2012, le pays a adopté sa loi nationale sur l’usage sûr, sécurisé et pacifique du nucléaire. Il a créé, en janvier 2025, son commissariat à l’énergie atomique. Il a été élu au Conseil des gouverneurs de l’AIEA pour 2025-2027. Et tout récemment, à Vienne, il a signé un nouveau cadre de coopération avec l’Agence pour les cinq prochaines années. « Nous avons engagé l’exploration de micro-réacteurs modulaires pour les zones non raccordées au réseau national. Nous ratifions les conventions internationales de sûreté. Nous bâtissons, pas à pas, la crédibilité institutionnelle qui rend un projet bancable », a détaillé le Président du Conseil. Car pour lui « Être responsable, ce n’est pas attendre. C’est préparer, c’est cadrer, c’est convaincre et c’est, par-dessus tout, garantir à nos populations que le nucléaire africain naîtra sous le signe de la sûreté absolue et de la transparence. »

La troisième question est celle de l’exigence commune. « Sommes-nous ensemble prêts à faire ce qu’aucun pays africain ne pourra réussir seul ? » a lancé Faure Gnassingbé, appelant à mutualiser les régulations, aligner les standards, agréger les demandes et construire pour la première fois un cadre africain de financement du nucléaire avec les banques de développement, les fonds souverains et les investisseurs privés. Et d’insister en fin de propos sur la formation : « Former massivement scientifiques, ingénieurs, techniciens, régulateurs, juristes, notre jeunesse et particulièrement nos jeunes filles doivent être au cœur de cette aventure. Le nucléaire africain ne sera pas un nucléaire importé. Il sera un nucléaire pensé, opéré et gouverné par les Africains au service des Africains. »



