
Le secteur bancaire togolais affiche une croissance insolente des crédits, mais paie le prix de son audace. Réuni lundi dernier à Lomé, le Conseil National du Crédit (CNC) a livré un double constat qui en dit long sur la santé financière du pays : les nouveaux prêts ont grimpé de 15% en un an pour atteindre 1 111 milliards FCFA en 2025, tandis que les créances douteuses ont quasiment doublé, avec un taux brut passant de 7% à 13% sur la même période. Une hausse spectaculaire qui interroge. D’un côté, les banques prêtent plus, soutenant ainsi l’activité économique. De l’autre, les impayés s’accumulent, fragilisant le portefeuille des établissements financiers. Placée sous la présidence du ministre des Finances et du Budget, Essowé Georges Barcola ainsi que de Badanam Patoki, ministre de l’Economie et de la veille stratégique, cette première session annuelle du CNC a réuni autorités publiques, représentants de la BCEAO et acteurs du secteur financier. Au menu : suivi des flux de crédit, analyse des conditions d’accès au financement et modernisation des moyens de paiement.
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Les projections macroéconomiques présentées restent globalement optimistes. La BCEAO anticipe une croissance de 6,5% en 2026, après 6,2% en 2025, portée par les services, l’activité aéroportuaire et les investissements dans les infrastructures logistiques. L’inflation, elle, devrait se maintenir à un niveau bas, autour de 1,8%, dans les normes de l’Union monétaire après 0,4% en 2025. Mais les nuages ne sont pas loin. Les participants ont signalé plusieurs facteurs d’incertitude susceptibles de bousculer cette trajectoire : tensions géopolitiques, volatilité des prix des hydrocarbures… autant de vents contraires que le secteur financier devra surveiller de près. Face à ces risques, le Togo a choisi d’anticiper plutôt que de subir les chocs « Nous avons anticipé ces chocs plutôt que de simplement les subir. Face à cette situation d’incertitude, le Gouvernement demeure déterminé à poursuivre les réformes structurelles visant à consolider la résilience de l’économie nationale », a déclaré le ministre.

Face à ces défis, une solution s’impose : la digitalisation des moyens de paiement. Présentée comme un levier pour élargir l’accès aux services financiers et mobiliser l’épargne domestique, elle a fait l’objet de recommandations fortes. Accélérer l’adoption des plateformes électroniques, renforcer les infrastructures de paiement : le message est clair. Pour le CNC, c’est par cette voie que le secteur bancaire pourra à la fois soutenir la croissance et maîtriser les risques.



