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Sahel & AES : « L’éclatement, l’émiettement, ne profite à personne », prévient Ousmane Sonko

Fallait-il qu’il condamne ? La question a été posée. La réponse a esquivé. Interrogé par RFI et France 24 sur les régimes militaires au Sahel, Ousmane Sonko, président de l’Assemblée nationale du Sénégal, a choisi une voie étroite. Ni approbation, ni condamnation des putschistes. Le panafricaniste convaincu s’est mué en diplomate prudent. Et ce silence calculé en dit long sur la position d’un Sénégal coincé entre son ancrage démocratique et la réalité d’un voisinage en recomposition. La question de Léa-Lisa Westerhoff est directe : « Les putschistes refusent de rendre le pouvoir aux civils. Vous qui êtes un défenseur de la démocratie, est-ce que vous condamnez ces dérives ? » La réponse d’Ousmane Sonko l’est tout autant, mais dans l’évitement. « D’abord, je respecte la souveraineté de chaque pays. Je n’ai pas à être là pour condamner X ou Y. D’autant que je n’ai pas reçu de condamnation du Sénégal venant d’eux. »

La symétrie est habile et place les États sur un pied d’égalité. « Les questions liées au fonctionnement dans chaque État doivent être prises en compte d’abord par les citoyens de cet État », ajoute-t-il.  Mais l’ancien Premier ministre ne s’arrête pas à la prudence. Il déploie une vision. Celle d’une Afrique de l’Ouest qui doit rester unie, malgré les fractures. « Je suis un panafricain convaincu qui travaille beaucoup plus à resserrer les liens entre les pays africains », rappelle-t-il. Et d’ajouter, à propos de la Cédéao : « Dans l’espace Afrique de l’Ouest, pour ne pas utiliser des termes qui peuvent poser problème, je considère que nous avons tous intérêt à être très proches les uns des autres, à nous donner la main et à poursuivre ce processus d’intégration. »

Le président de l’Assemblée nationale pose également un calcul stratégique. « Ce bloc de la Cédéao, s’il est bien articulé et bien organisé, devient une puissance. En termes de superficie, c’est déjà un espace géographique extrêmement important. En termes de population, ce n’est pas loin de 500 millions de personnes. Ça commence à devenir un marché, une économie. Si elle est bien organisée politiquement, c’est un espace qui peut aujourd’hui nous valoir des satisfactions à tous. » Et il conclut par un avertissement : « L’éclatement, l’émiettement, ne profite à personne. » La phrase est courte. Elle tombe comme un couperet. Elle ne vise personne en particulier, mais tout le monde se reconnaîtra.

Sur le fond, Ousmane Sonko refuse de valider le narratif du remplacement d’une puissance par une autre. « J’ai dit que notre option, ce n’est pas de remplacer un drapeau par un autre. Mais c’est de travailler à notre propre souveraineté pour pouvoir prendre en charge effectivement ces questions. » Il rappelle que neuf ans de présence française n’ont pas réglé la question sécuritaire. Il ne commente pas l’arrivée des Russes. Il trace une troisième voie, plus exigeante : celle d’une sécurité africaine par les Africains. « Le vrai débat, c’est que nous, Africains, quels mécanismes, quelle organisation, devons-nous avoir pour la prise en charge de notre propre sécurité ? » La question reste ouverte. Mais elle a le mérite de ne pas être naïve. Elle est africaine. Car, le Sénégal partage une frontière avec le Mali. La porosité est réelle. La menace djihadiste aussi. La realpolitik impose parfois de parler à ceux qu’on ne veut pas juger. Ousmane Sonko semble l’avoir compris.

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