
Les banques togolaises poursuivent leur croissance. Mais la qualité de leur crédit, elle, demeure un chantier.
Selon le rapport annuel de la Commission bancaire publié le 21 août, le total de bilan des établissements de crédit de l’Union s’est établi à 82 298,8 milliards de FCFA, en hausse de 14,1 % sur un an. Dans cet ensemble, le Togo pèse 5 440,3 milliards de FCFA, soit 6,6 % des actifs bancaires régionaux. Le pays se classe avec une progression de 6,2% au sixième rang, derrière la Côte d’Ivoire (37,9 %), le Sénégal (19,2 %), le Burkina Faso (12,5 %), le Mali (11,0 %) et le Bénin (9,2 %). Le Niger et la Guinée-Bissau ferment le classement.
Mais au-delà du poids des actifs, c’est la dynamique du crédit à première vue qui interpelle. Les ressources collectées par les banques togolaises ont augmenté de 8,7 %, pour atteindre 3 670,5 milliards de FCFA. Les crédits à la clientèle, eux, n’ont progressé que de 2,4 %, pour un encours de 2 412,9 milliards de FCFA, un rythme en deçà de la moyenne régionale de 5,5 %. À l’échelle de l’UMOA, l’encours des crédits à la clientèle a atteint 38 731,6 milliards de FCFA. L’écart entre les dépôts et les crédits montre que l’épargne togolaise ne se transforme pas encore assez en financement de l’économie. Une prudence compréhensible, mais qui limite le rôle d’entraînement attendu des banques.
Togo : Une banque nationale d’Investissement pour booster les PME et consolider l’économie
La rentabilité, elle par contre, offre un visage contrasté. Le secteur affiche un résultat net global de -20,5 milliards de FCFA, contre +47,2 milliards en 2024. Cette contre-performance est principalement liée à la situation d’un établissement en particulier. Hors celui-ci, les banques togolaises restent bénéficiaires. Leur efficacité opérationnelle demeure d’ailleurs solide : le taux de marge nette atteint 35,8 %, contre 32,4 % pour la moyenne de l’UMOA, et le coefficient de rentabilité s’établit à 14,3 %. Les banques togolaises savent transformer leurs revenus en résultats.
Reste la qualité du portefeuille, et c’est là que le bât blesse. Le taux brut de dégradation du crédit s’élève à 12,4 %, le plus élevé de l’Union, bien au-dessus de la moyenne régionale de 9,1 %. À titre de comparaison, le Bénin affiche 4,1 %, la Côte d’Ivoire 6,1 % et le Sénégal 10,1 %. Le ratio de solvabilité, à 14,3 %, reste au-dessus du seuil réglementaire de 11,5 %, mais sous la moyenne de l’Union, établie à 15,6 %. Un assainissement du crédit s’impose si le pays veut renforcer la confiance des investisseurs.
Malgré ces fragilités, Lomé conserve un rôle stratégique dans la finance ouest-africaine. Le pays abrite quatre compagnies financières, dont Ecobank Transnational Incorporated et Oragroup, qui représentent à elles seules 40 % des actifs consolidés des holdings bancaires de l’UMOA. Le Togo n’est pas seulement un marché. C’est un centre de décision, une place d’où se pilotent des réseaux couvrant toute la sous-région.
Les défis à venir sont clairs : assainir le portefeuille de crédit, accélérer la conversion des dépôts en financements utiles à l’économie réelle, et réussir le relèvement du capital social minimum, qui passera de 10 à 20 milliards de FCFA d’ici au 31 décembre 2026. Cinq banques togolaises sont encore sous ce seuil. Le secteur dispose d’atouts solides : une rentabilité opérationnelle élevée, une position de hub régional et un réseau diversifié. Reste à transformer ces forces en crédits, en emplois et en croissance. C’est l’équation des prochains mois.



