
L’économie togolaise, fortement portée par un secteur artisanal qui pèse près de 18 % du PIB national et emploie plus d’un million de personnes, amorce une mue historique. Alors que la majorité des artisans opèrent encore en marge du système financier, dépendant des tontines informelles pour financer leurs activités, l’Union des Chambres Régionales de Métiers (UCRM) et la fintech togolaise Ohana Africa, éditeur de la plateforme mobile Ollo Africa, ont officialisé le 30 octobre dernier un partenariat stratégique pour réconcilier tradition et modernité. Soutenu par Ecobank, déjà partenaire d’Ohana Africa, ce projet vise à moderniser les pratiques d’épargne collective et à intégrer progressivement les artisans dans le circuit financier formel.
L’ambition est à la hauteur des enjeux : le programme cible d’abord les 60 000 artisans enregistrés auprès des Chambres Régionales de Métiers, avec un objectif d’un million d’utilisateurs d’ici 2027. Un défi dans un pays où l’artisanat représente jusqu’à 70 % des emplois créés et contribue à réduire le déficit commercial de 20 % grâce à la production locale. Pourtant, cette force économique reste fragile. La majorité des artisans s’appuient sur des mécanismes communautaires d’épargne, des tontines informelles profondément enracinées dans la culture africaine et estimées à près de 7 % du PIB dans certains pays du continent. « Pendant trop longtemps, nos artisans ont évolué en dehors du système financier formel », reconnaît Issa Mouhamed, président de l’UCRM. « Ce partenariat change la donne : Ohana Africa apporte la technologie, nous apportons la confiance et la proximité. Ensemble, nous ouvrons des chemins vers la prospérité pour chaque artisan du Togo. »

Un projet révolutionnaire et à fort impact social
Au cœur de cette transformation, l’application mobile Ohana Africa, récemment agréée par la BCEAO et déjà testée avec succès en phase pilote, sera déployée dans tout le pays à partir de novembre. Conçue pour être intuitive, multilingue et accessible même aux publics peu familiers du numérique, elle permet de gérer de manière sécurisée et transparente les cotisations, les retraits et les prêts au sein des groupes d’épargne. Les fonds collectés seront conservés par Ecobank, qui mettra à disposition son infrastructure bancaire, garantissant ainsi la traçabilité et la sécurité des transactions. « L’épargne collective représente jusqu’à 7 % du PIB dans plusieurs pays africains, mais reste souvent invisible pour le secteur financier formel », explique Toba Tanama, directeur marketing et partenariats chez Ohana Africa. « Nous changeons cela, un groupe d’épargne, un artisan à la fois. Ce partenariat marque une étape clé vers un écosystème financier plus inclusif et durable », a-t-il ajouté.
Au-delà de la numérisation, le dispositif prévoit un accompagnement à la formalisation juridique des groupements d’artisans, facilitant leur accès au crédit et à l’assurance. Le déploiement s’effectuera en plusieurs phases, en commençant par les six Chambres Régionales de Métiers du Togo, où des sessions de formation seront organisées pour familiariser les artisans avec la plateforme. Pour Ecobank, ce partenariat s’inscrit dans sa stratégie régionale d’inclusion financière. « L’inclusion financière demeure un pilier central de la mission d’Ecobank », souligne Komlan Agbo, responsable des services numériques de la banque. « Nous sommes fiers de soutenir Ohana Africa et de contribuer à cette initiative qui renforce l’autonomisation économique des artisans togolais. »
En s’appuyant sur les réseaux de l’UCRM et une technologie conçue localement, ce projet incarne un modèle d’inclusion réaliste, ancré dans les pratiques sociales africaines. Pour Issa Mouhamed, la réussite repose sur un capital immatériel précieux : la confiance. « Les artisans ont toujours su s’organiser entre eux. Notre rôle aujourd’hui est de les accompagner pour que cette solidarité devienne une force économique reconnue et durable. » Avec cette alliance, le Togo franchit une nouvelle étape vers la bancarisation de son économie informelle, construisant un pont solide entre finance communautaire et finance institutionnelle.















