
« Nous ne pouvons pas demeurer des spectateurs silencieux de la tragédie qui se joue à l’est de la République démocratique du Congo. » Par ces mots, le président français Emmanuel Macron a ouvert la Conférence de Paris sur les Grands Lacs, décrivant des chiffres « insoutenables » : des millions de personnes « déracinées », « près de 28 millions de personnes en insécurité alimentaire, une femme violée toutes les quatre minutes et un enfant toutes les trente ». Face à cette urgence, la réponse internationale a été substantielle : plus de 1,5 milliard d’euros d’assistance annoncés pour les populations les plus vulnérables, ainsi que la réouverture prochaine de l’aéroport de Goma pour les vols humanitaires. Mais au-delà de cette mobilisation financière, c’est un changement de paradigme stratégique, porté d’une voix ferme par le Président togolais Faure Gnassingbé, qui marquera durablement cet événement. Co-président des travaux aux côtés de Emmanuel Macron, le Médiateur de l’Union africaine pour la RDC a transformé cette tribune en manifeste pour une « souveraineté solidaire ». D’entrée de jeu, il a tracé la voie à suivre, insufflant une ambition nouvelle. « L’urgence humanitaire appelle désormais à une réponse durable et intégrée. Et cette réponse doit être africaine », a-t-il déclaré, appelant à une refonte du modèle d’aide.

Rejetant un système d’assistance qui entretient la dépendance, il a lancé un appel fondateur : « L’Afrique doit aussi participer à son propre effort humanitaire, non pas seulement par devoir moral, mais parce que c’est une question de dignité et d’efficacité. Nos États doivent co-financer le programme. » Cette exigence de co-responsabilité s’est doublée d’une revendication claire sur la gouvernance, plaidant pour que l’Afrique soit « au cœur de la gouvernance humanitaire, dans la coordination, la planification et le suivi des réponses ».

Rompre avec l’économie de la prédation
Surtout, le Président Faure Gnassingbé a relié la crise humanitaire à l’économie de guerre qui la sous-tend, avec une clarté remarquée. « Dans l’Est de la RDC, la souffrance des populations ne vient pas seulement du conflit, mais de l’économie de guerre qui l’entretient », a-t-il analysé, avant de proposer un remède concret : « Nous devons rendre traçable chaque ressource, intégrer les communautés dans les chaînes légales et faire de la transformation locale une priorité de sécurité. » Son plaidoyer pour une paix économique a culminé dans cette affirmation : « C’est en rétablissant une économie transparente et légitime que nous couperons les flux qui financent la violence. La paix dans les Grands Lacs ne doit pas être une simple pause dans les combats. Elle doit être une transformation de l’économie extractive. »
Cette articulation d’une vision africaine de la sortie de crise a reçu un écho direct dans les annonces françaises et internationales. Le président Emmanuel Macron a non seulement salué « l’engagement constant » du Président du Conseil togolais, mais il a explicitement épousé sa vision stratégique, déclarant : « Je veux ici aussi souligner combien le contrôle africain doit être renforcé, combien ce qu’a dit le Président Faure au titre de la médiation de l’Union africaine est important et nous croyons en effet à cette approche si exigeante soit-elle. » Les décisions opérationnelles, comme la création de nouveaux corridors humanitaires et la réouverture de l’aéroport de Goma, s’inscrivent dans cette synergie, même si des défis persistent, certaines parties comme le M23 et le Rwanda ayant exprimé leurs réserves.

En définitive, la Conférence de Paris aura consacré le Togo non pas comme un simple facilitateur, mais comme un penseur stratégique de la paix en Afrique. Alors que le président Macron soulignait que « ces chiffres ne sont pas des statistiques » mais « les déchirures d’une humanité blessée », le Président Faure Gnassingbé a offert une boussole pour guérir ces blessures : une feuille de route où la solidarité internationale s’articule résolument autour d’un leadership africain assumé, compétent et souverain. « La crise humanitaire dans les Grands Lacs est un test moral pour le monde et un test politique pour l’Afrique. Nous devons transformer la compassion en solution et l’urgence en avenir. Nous devons faire de la solidarité un levier d’autonomie et de l’être un instrument de souveraineté », a conclu le Président togolais.













