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« Godopé, Lomé la nuit » : Voyage dans le Lomé nocturne et festif d’antan

C’est une plongée dans le Lomé d’avant. Celui des nuits qui ne dormaient jamais, des pistes de danse enfumées, des disquaires devenus DJ. L’exposition « Godopé, Lomé la nuit », ouverte au Palais de Lomé depuis août 2025 et accessible jusqu’au 18 décembre 2026, ressuscite l’effervescence nocturne de la capitale togolaise entre 1960 et la fin des années 1980. Une époque où Lomé racontait une autre histoire du Togo : libre, audacieuse, moderne, attirant les noctambules du Ghana, du Bénin, du Nigeria et de la Côte d’Ivoire.

Le vernissage a donné le ton. Anciens habitués des night-clubs, artistes et public de toutes les générations ont répondu présents, beaucoup en tenues d’époque. Confidences d’anciens fêtards, clins d’œil aux légendes musicales qui ont écrit la légende des nuits loméennes, et bien sûr, la bande-son. Salsa, twist, highlife, rumba congolaise, rock’n’roll : tout était là pour faire revivre la Lomé d’avant.

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Ce qui rendait la capitale unique, c’était sa capacité à tout absorber. Pendant que le Nigeria se passionnait pour le juju et l’afrobeat, que le Ghana dansait sur le highlife, Lomé faisait tourner les galettes de Marvin Gaye, James Brown, Johnny Pacheco ou Celia Cruz. Rumba congolaise, makossa camerounais, tout passait. Le label Sikavic programmait du lourd : Manu Dibango, Koffi Olomidé, Tshala Muana, M’bilia Bel.L’histoire avait commencé bien avant. Dès les années 1930, le « Tonyiviadjé » à Assigamé ou le « Bar Ambiance » à Aguiarkomé donnaient le tempo. « Le Foyer Pie XII » témoigne encore de cette époque où les centres communautaires structuraient la vie nocturne. En septembre 1972, le « Number One » ouvre et change la donne. Première discothèque moderne du pays, il incarne le passage du disquaire-vendeur au DJ-animateur. « Copacabana » prend le relais avec sa rumba, « Le Rêve » mise sur le tango, « Eldelweiss » attire les expatriés avec sa programmation européenne.

Une nuit loméenne, c’était un marathon. Dès 18h, les thés dansants chauffaient la piste. Les bars-dancing prenaient la suite jusqu’à 3h, avant que les clubs ne ferment les hostilités. L’aube venue, les plus résistants se retrouvaient dans des adresses de légende telles que « Oncle Ben » , « Mikounounou », « Chez Vibo », « Wait and See », « Cacadou », « Milk Bar » et clôturaient la virée par un sandwich au pâté à la boulangerie « Souper », célèbre pour ses baguettes encore tièdes.Le Palais de Lomé ne s’est pas contenté d’accrocher des photos aux murs. L’exposition est pensée comme une discothèque des années 60 à 80, avec sa bande-son et ses archives. Le clou du parcours : la « boîte infinie », un tunnel de miroirs et de lumière qui donne au visiteur la sensation de flotter dans les souvenirs.

Le message porté par le Palais de Lomé est sans ambiguïté : ne pas oublier ces lieux, ces musiques, ces visages, tout en rappelant que la culture nocturne et festive appartient au patrimoine. « Godopé » célèbre une ville cosmopolite, éclectique, mélomane. Lomé la coquette, aux sonorités multiples et aux disquaires passionnés. Une époque où la nuit ne s’éteignait jamais. Lomé dansait.

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