Le Président sénégalais Bassirou Diomaye Faye est sorti du silence. Et il n’y est pas allé de main morte sur divers sujets d’intérêt général. Dans cet entretien accordé hier samedi 2 mai 2026 à la presse nationale, le chef de l’État a surtout et longuement évoqué ses relations avec son Premier ministre Ousmane Sonko, l’éligibilité de ce dernier, et la trajectoire du parti Pastef qu’il affirme avoir « bâti de ses mains ». Sur la nature exacte du duo qui gouverne le Sénégal depuis 2024, Diomaye Faye a voulu couper court aux spéculations. « Je suis le Président et il est le Premier ministre. S’il ne me satisfait pas, je nomme un autre Premier ministre », a-t-il tranché. Et de préciser, comme pour rassurer sans affaiblir : « Tant qu’il est Premier ministre, c’est qu’il bénéficie de ma confiance. S’il n’a plus la confiance, on aura un autre Premier ministre. »
Le message est limpide. Pas de dyarchie au sommet, mais une hiérarchie claire. « Il ne peut pas y avoir de crise institutionnelle. Parce que c’est un décret qui nomme le Premier ministre et c’est par décret qu’il est démis », a martelé le président. Sur les rumeurs insistantes d’un pacte politique entre les deux hommes, Diomaye Faye a été cinglant. « Il n’y a pas de pacte avec Ousmane. Ce serait un manque de considération d’avoir un pacte avec lui », a-t-il déclaré, ajoutant qu’un tel arrangement « bafouerait les règles de Pastef ». Le chef de l’État a profité de l’entretien pour rappeler son rôle fondateur dans le parti aujourd’hui au pouvoir. « J’ai assisté à la création de Pastef. Je fais partie de ceux qui ont écrit les statuts et choisi les couleurs. La devise « Le don de soi pour la patrie » vient de moi », a-t-il énuméré, précisant qu’après le projet de fusion avorté avec Taxaw Temm en 2019, il a été « le seul à écrire les statuts du parti et le seul à rédiger le règlement intérieur ».
« Ce parti, je l’ai bâti de mes mains, en toute humilité avec les patriotes. Il n’existe pas un seul programme qui ait réussi dans Pastef sans moi », a insisté Diomaye Faye, qui s’inquiète ouvertement de la dérive du mouvement. « La trajectoire que Pastef est en train de prendre n’est pas bonne. Et si les membres de Pastef ne prennent pas des mesures… », a-t-il averti, laissant sa phrase en suspens.
L’éligibilité de Sonko « n’a jamais été mon problème »
Interrogé sur l’éligibilité de son Premier ministre à la présidentielle de 2029, le chef de l’État a balayé le sujet. « Franchement, depuis 2024, la question de l’éligibilité de Ousmane Sonko n’a jamais été mon problème. On l’avait empêché de participer à la présidentielle sous prétexte qu’il n’était pas électeur », a-t-il rappelé. Pour lui, le débat est clos : « Ousmane Sonko a voté et s’est fait même élire maire en novembre 2024. Cela n’a jamais été, selon moi, un problème fondamental. » Enfin, Diomaye Faye s’est dit incompris sur la décision de la majorité parlementaire d’inclure en procédure d’urgence les modifications des articles L29 et L30 du Code électoral, tout en concédant : « Une majorité reste une majorité. »
Presqu’à la moitié de son mandat, le président sénégalais a donc choisi de clarifier les rôles, de réaffirmer son autorité et de rappeler, à ceux qui l’auraient oublié, qui tient les rênes.



