Qui a bien pu tuer le Colonel Bitala Toussaint Madjoulba, commandant du 1er bataillon d’intervention rapide (BIR) dans la nuit du 3 au 4 mai 2020 alors qu’il venait d’assister à la prestation de serment du Président Faure Gnassingbé ? Qui sont les auteurs et les complices de son assassinat avec sa propre arme ? Pourquoi aurait-il été assassiné par un de ses collègues militaires ? Quelles en sont les circonstances réelles et les motivations exactes ? Trois ans après, la chambre criminelle du tribunal militaire de Lomé est chargée depuis lundi dernier de dissiper l’épais voile de mystère qui entoure ce crime. Dans le box des accusés, plusieurs officiers supérieurs de l’armée dont entre autres, le Général Félix Abalo Kadangha, alors chef d’état-major au moment des faits, le commandant Akila-Esso Kpatcha Atèkpè, chef de l’unité de la sécurité militaire, le lieutenant colonel Kouma Agbonkou, le commandant en second du premier bataillon d’intervention rapide…

Tous défilent depuis lundi devant les juges et ne reconnaissent pas les faits qui leur sont reprochés. Ce jeudi, c’est le tour très attendu du Général Felix Abalo Kadangha, tant sa parole à l’aune de son habilitation au moment des faits est cruciale pour comprendre les circonstances troubles de la mort d’un officier supérieur de l’armée. Ce procès est alors hautement historique. Et à double titre. D’un côté, l’opérationnalisation des juridictions militaires (tribunaux et cours d’appel), la révision du code de justice militaire, la nomination et la formation des magistrats, s’inscrit dans une démarche de renforcement de l’État de droit et par ricochet de la démocratie. De l’autre côté , la tenue de ce procès participe à la transparence dans la gouvernance et à la lutte contre l’impunité au Togo. Plusieurs organisations ou partis politiques de l’opposition avaient réclamé la lumière sur ce meurtre. C’était le cas de l’opposante Brigitte Kafui Adjamagbo-Johnson.

« L’annonce par le procureur militaire de l’ouverture du tout premier procès vient conforter l’effectivité de ce mécanisme dont des organisations de défense des droits de l’Homme, y compris le CACIT, ont recommandé à plusieurs reprises la mise en œuvre dans leurs rapports et communiqués relatifs à la situation des droits de l’Homme au Togo », s’est par ailleurs félicité le Collectif des Associations Contre l’impunité au Togo (CACIT) rappelant la tenue d’une promesse faite par le Chef de l’État le 28 juillet 2007. « La question des violences politiques…m’amène à souligner que l’Etat de droit que nous nous employons à édifier ne saurait s’accommoder, d’aucune manière, de la culture de l’impunité. Nous devons dès lors nous atteler à proscrire la violence politique et à combattre résolument l’impunité » s’est engagé Faure Gnassingbé à Atakpamè. Il passe aux actes. Et, ce procès, selon de nombreux observateurs, n’est que le début d’une série à venir. Car, plusieurs autres violations des droits de l’Homme ont impliqué les agents des forces de défense et de sécurité ces dernières années au Togo.



















