En toute discrétion et en mode feutré, la diplomatie togolaise continue de s’activer sur la crise brûlante entre le Rwanda et la RDC. Après Kinshasa la semaine dernière, le Président togolais effectuait hier lundi une nouvelle navette diplomatique à Kigali, confirmant son rôle croissant dans la résolution de la crise. Une mission délicate pour le médiateur qui, loin des projecteurs, tisse patiemment les fils du dialogue. Derrière les portes closes du palais présidentiel rwandais, Faure Gnassingbé aura « des consultations avec le Président Paul Kagamé » sur ce qui constitue aujourd’hui l’une des crises les plus complexes du continent.
Les échanges porteront selon le communiqué de presse de la Présidence Togolaise sur « les causes, les conséquences et les implications des différents acteurs régionaux dans le conflit armé » qui ravage l’Est de la RDC. Un dossier explosif où se mêlent enjeux sécuritaires, rivalités géopolitiques et convoitises économiques.
Pour un dialogue constructif et d’une réconciliation durable
Cette visite s’inscrit dans la droite ligne de « l’ambition du Togo de poser les bases d’un dialogue constructif et d’une réconciliation durable ». Une ambition qui n’a rien d’anodin : il s’agit ni plus, ni moins de désamorcer une crise qui empoisonne depuis des décennies les relations entre deux géants de la région des Grands Lacs. « Le président va réaffirmer sa disponibilité à œuvrer avec toutes les parties prenantes pour une solution durable aux tensions persistantes entre le Rwanda et la RDC et à faciliter la redynamisation des relations d’amitié et de coopération entre les deux pays » souligne le communiqué officiel, confirmant le rôle de facilitateur que le Togo entend jouer.

Et pour beaucoup d’observateurs, le Togo, est déjà sur la bonne voie par une « diplomatie discrète » dont Faure Gnassingbé a fait sa marque de fabrique. Loin des déclarations tonitruantes, le président togolais privilégie les consultations en petit comité, les échanges confidentiels et cette patiente construction de confiance qui fait souvent défaut dans les médiations internationales. Une approche qui lui a permis de « se rendre plusieurs fois à Kigali pour des échanges sur les questions de sécurité », tissant au fil des ans une relation de travail avec les différents protagonistes.
Le pari de Faure Gnassingbé ?
Les enjeux de cette médiation sont considérables. Au-delà de l’apaisement des tensions immédiates, c’est toute l’architecture sécuritaire de la région qui est en jeu. Les observateurs notent d’ailleurs que cette mission intervient à un moment charnière, alors que la communauté internationale multiplie les appels au calme. Le pari de Faure Gnassingbé ? Transformer cette médiation en succès concret, et faire du Togo cette plateforme neutre où peut s’écrire, pas à pas, une nouvelle page des relations entre le Rwanda et la RDC.
Dans les couloirs de l’Union africaine, on salue cette persévérance togolaise. Reste maintenant à voir si cette discrétion diplomatique portera ses fruits là où tant d’autres initiatives ont buté sur la méfiance réciproque entre les deux capitales. Une chose est sûre : Lomé entend bien continuer à jouer les intermédiaires de paix, consolidant au passage son statut de pivot diplomatique en Afrique.



















