En relevant vendredi dernier la note souveraine du Togo de B à B+ avec perspective stable, l’agence de notation S&P Global Ratings a mis en lumière le contexte et les indicateurs sur lesquels se fonde la transformation structurelle rare en cours. Le pays en effet, affiche une croissance robuste soutenue par un mélange de réformes budgétaires audacieuses, de maîtrise progressive des finances publiques, d’industrialisation pragmatique et une stratégie de financement redessinée. Un cocktail qui séduit autant les créanciers internationaux que les investisseurs en quête de pépites émergentes.
« La révision à la hausse reflète notre conviction que le Togo progressera dans des réformes économiques et budgétaires, notamment via une meilleure mobilisation des recettes fiscales » note l’agence pour qui l’économie du pays devrait s’établir à une croissance annuelle de 6% entre 2025 et 2028, soit un ryhme supérieur à des pays à développement comparable. Un rythme qui continuera essentiellement grâce à une consommation privée en hausse, une inflation contenue et une politique d’investissement orientée vers les infrastructures stratégiques.

Une notation portée par le port de Lomé et l’industrialisation
À la proue de ce progrès, le port de Lomé s’impose en géant régional : ses 30 millions de tonnes de fret traitées en 2024 dont près de 70% en transbordement, soit le double de sa capacité en huit ans, en font un hub important pour l’hinterland ouest-africain. À quelques kilomètres, la Plateforme industrielle d’Adétikopé (PIA) électrise depuis 2021 le secteur agricole et manufacturier, attirant 160 milliards FCFA d’investissements privés dans le textile et l’agroalimentaire, soit 2,6% du PIB. « C’est notre réponse low-cost à la désindustrialisation africaine : des zones économiques tournées vers l’export, pas vers le prestige », martèle un conseiller économique togolais.
Cette effervescence s’appuie sur une cure d’austérité assumée. Lomé a drastiquement réduit son déficit public de 6,7 % à 4,6 % du PIB entre 2023 et 2024, grâce à une chasse aux fraudes douanières et une rationalisation des dépenses d’infrastructures. Objectif affiché : atteindre 3 % d’ici 2027 tout en maintenant la mobilisation des recettes et une rationalisation des dépenses d’investissement, un équilibre que peu d’États de la CEDEAO osent envisager. « Le Togo montre qu’on peut serrer les boulons sans étouffer l’activité économique », souligne un analyste financier, évoquant l’inflation contenue à 2,9% en 2024 en dépit des turbulences régionales.

Une stratégie de financement redessinée
Mais la vraie rupture réside dans la stratégie de financement. Après s’être brûlé les ailes sur les marchés régionaux, taux à deux chiffres et échéances courtes, le pays mise désormais sur des leviers plus stables. En 2025, 200 millions de dollars de la Banque mondiale et 350 millions d’euros de prêts garantis par des institutions multilatérales sont venus consolider les caisses. « Cette stratégie réduit le coût moyen de la dette de plusieurs points et allège la pression sur la soutenabilité de la trajectoire budgétaire », explique un gestionnaire de fonds émergents. Résultat : la dette publique nette devrait tomber à 52 % du PIB d’ici 2028, contre 60 % aujourd’hui.
Pourtant, l’édifice reste fragile. Avec un PIB par habitant encore précaire et un secteur informel omniprésent, la marge de manœuvre fiscale demeure étroite. Plus inquiétant, les incursions djihadistes dans le nord grèvent les dépenses militaires, rappelant que la stabilité politique est aussi cruciale que les indicateurs macroéconomiques. « La note B+ récompense une dynamique, pas une victoire définitive », tempère S&P. Mais pour les investisseurs, le Togo incarne désormais un pari sur l’Afrique de demain : un État qui mise sur les infrastructures plutôt que les subsides, la diversification plutôt que la rente, et une rigueur budgétaire sans dogmatisme.


















