
Loin des traditionnelles litanies sur l’aide au développement, le Président du Conseil, Faure Gnassingbé, a imposé une tonalité nouvelle au Forum sur le partenariat économique entre l’Afrique et les pays de l’Océan Indien. Devant un aréopage de décideurs dont le Premier ministre japonais Shigeru Ishiba, le président mozambicain Daniel Francisco Chapo et le Président ghanéen, John Dramani Mahama, il a esquivé le langage diplomatique convenu à cet évènement inscrit au programme de la 9ème conférence internationale de Tokyo sur le développement de l’Afrique (TICAD) pour dérouler une vision : celle d’un continent non plus bénéficiaire, mais architecte de sa propre destinée industrielle.
Le hub et le géant : Lomé, carrefour de l’ambition
D’emblée, le chef du gouvernement togolais a situé le combat : la bataille économique se gagnera par les infrastructures, mais aussi par le repositionnement géostratégique. Et dans cette partie d’échecs continentale, le Togo joue résolument sa carte maîtresse : le port de Lomé. « Mon pays a choisi d’être une porte d’entrée stratégique au service de la ZLECAF et de l’ensemble du continent », a-t-il affirmé, rappelant que ce port en eau profonde est déjà un hub logistique incontournable, capable de « connecter directement la production industrielle japonaise au marché africain ». Preuve de cette crédibilité : l’installation prochaine de Toyota au Togo, perçue comme un signal fort de confiance dans la stabilité et les infrastructures du pays. « Ce n’est pas seulement un investissement, c’est la confirmation que l’Afrique peut offrir aux investisseurs internationaux des plateformes modernes, fiables et attractives ».

Au-delà des routes et des ports : plaidoyer pour une co-création industrielle
Mais la vision va bien au-delà. Le Président du Conseil a brisé le mythe d’une Afrique simple plaque tournante de marchandises. Place à la « co-création de chaînes de valeur industrielles ». « Nous devons aller plus loin que les infrastructures. L’Afrique et le Japon doivent co-créer des chaînes de valeur industrielles. La véritable prospérité naît dans la production conjointe. Notre ambition n’est pas seulement d’être une plateforme de transit. Nous voulons transformer nos ressources, produire localement et faire de notre jeunesse des acteurs de la production, pas seulement de la consommation ». Une feuille de route claire : l’automobile, l’énergie, le numérique et l’agro-industrie comme moteurs de cette nouvelle ère. L’objectif de Faure Gnassingbé est de sortir du modèle d’échange inégal et construire une synergie où le transfert de technologie et la valorisation des ressources locales deviennent la norme.
Géopolitique des océans : l’Afrique de l’Ouest, pilier d’un indo-pacifique équilibré
Mais, et si l’Océan Indien devenait l’extension naturelle des échanges Afrique-Asie ? Le Président du Conseil en fait le cœur de sa doctrine. « L’Océan Indien doit être vu comme un espace de connexion stratégique pour nos deux régions. […] Le port de Lomé, par sa situation d’entrée sur les grands corridors africains, participe déjà à cette continuité logistique entre l’Atlantique et l’océan Indien ». Une ambition géopolitique assumée : faire de l’Afrique de l’Ouest l’un des piliers d’un espace indo-pacifique équilibré, garantissant sécurité maritime et souveraineté économique. En filigrane de ce projet se dessine donc un impératif : celui d’un développement respectueux des populations et des écosystèmes. Le Président a insisté sur la promotion d’une « économie bleue et verte, inclusive et durable », rappelant que la mer doit être un bien commun, pas une zone de prédation.

Par cette intervention, Faure Gnassingbé a offert bien plus qu’un discours : un cadre stratégique pour des partenariats renouvelés. Alors que la TICAD 9 s’achève demain, une chose est sûre : le temps du simple alignement est révolu. Place au partenariat d’égal à égal, ambitieux, industrialisant et résolument souverain.















