
Ils étaient attendus pour avril, mais ils siègent depuis hier mardi. À la demande du Président du Conseil, Faure Gnassingbé, les députés togolais ont ouvert une session extraordinaire qui s’annonce aussi dense que déterminante pour le pays. Sept projets de loi doivent être examinés en accéléré, touchant à la sécurité, à l’économie et à l’environnement, dans un contexte où les menaces sécuritaires et les défis climatiques imposent une réponse législative rapide. « Lorsque les circonstances l’exigent et que l’intérêt supérieur de la Nation appelle à une action résolue, il incombe aux représentants du peuple de répondre présent, avec dignité et responsabilité », a lancé le président de l’Assemblée nationale, Komi Selom Klassou, en ouvrant les travaux. Une mise en garde à peine voilée sur l’urgence de la situation, alors que le pays fait face à une dégradation de l’environnement sécuritaire dans la région des Savanes, théâtre d’incursions djihadistes récurrentes.

C’est précisément la prorogation de l’état d’urgence dans cette zone frontalière du Burkina Faso qui figure parmi les textes prioritaires. Les députés devront trouver un équilibre délicat entre fermeté sécuritaire et respect des libertés publiques, un exercice périlleux alors que l’exécutif réclame des moyens renforcés pour traquer les cellules terroristes. Sur le plan économique, l’ambition affichée est celle d’un choc de simplification en faveur des jeunes entrepreneurs. Le transfert des missions du Fonds d’Appui aux Initiatives Économiques des Jeunes vers l’Agence de Développement des Très Petites et Moyennes Entreprises vise à mettre fin à un millefeuille administratif jugé inefficace. Objectif : accélérer le financement des start-up et stimuler une croissance qui peine à créer suffisamment d’emplois. La lutte contre les flux financiers illicites occupe également une place centrale avec deux projets de loi stratégiques. Le premier renforce l’arsenal anti-blanchiment et anti-terroriste pour s’aligner sur les standards internationaux – un signal fort adressé aux partenaires financiers du Togo. Le second durcit la répression du faux-monnayage dans l’espace UEMOA, alors que la circulation de faux billets perturbe les échanges dans plusieurs capitales de la sous-région.

Dans le secteur énergétique, la modification du régime juridique et fiscal du gazoduc ouest-africain répond à un double objectif : sécuriser les approvisionnements et renforcer l’attractivité du Togo comme hub énergétique régional. Un enjeu de taille alors que la demande en gaz ne cesse de croître dans les pays côtiers. Enfin, la loi-cadre sur l’environnement entend adapter la législation nationale à l’urgence climatique. Derrière les grandes déclarations, c’est la capacité du pays à attirer des financements verts internationaux qui est en jeu, dans un contexte où les bailleurs conditionnent de plus en plus leurs aides à des engagements environnementaux contraignants.
Dès ce mercredi, les commissions parlementaires entament l’examen au fond de ces textes, avec une exigence de célérité affirmée par la présidence de l’Assemblée. L’objectif est clair : boucler l’ensemble des adoptions avant l’ouverture de la session ordinaire d’avril. « Contribuer au renforcement de la paix, de la sécurité, de la prospérité et du bien-être de tous les Togolais », a conclu Komi Selom Klassou en déclarant close la cérémonie d’ouverture. Reste à savoir si cette session express, convoquée dans l’urgence, produira les textes à la hauteur des défis annoncés. Les députés ont trois semaines pour le prouver.



















