
Deux semaines de travaux, des dossiers lourds, des résolutions fortes. La première session ordinaire 2026 du Parlement de la CEDEAO, ouverte le lundi 4 mai, s’est achevée samedi dernier sur une note de gravité et d’espoir. La présidente de l’institution, Hadja Memounatou Ibrahima, a prononcé un discours de clôture qui dit tout de la densité du moment. « Nous avons délibéré, examiné des questions essentielles pour l’avenir de notre Communauté et travaillé surtout sans relâche à l’accomplissement de notre mandat », a-t-elle déclaré d’emblée, saluant « l’assiduité, la qualité, la rigueur des interventions et l’engagement constant » des parlementaires.
Le bilan législatif est fourni. Plusieurs actes communautaires ont été examinés et adoptés, notamment sur l’adéquation des curricula aux exigences du développement socio-économique, la protection des enfants en situation de vulnérabilité et de rue, ainsi que la lutte contre toutes les formes d’exploitation des enfants dans l’espace communautaire. La plénière a également adopté des résolutions fortes sur les attaques terroristes au Mali et les violences xénophobes enregistrées en Afrique du Sud. « Notre Parlement, fidèle à sa vocation et à ses responsabilités, ne saurait rester indifférent face aux tragédies qui éprouvent notre région », a martelé la présidente, s’inclinant « devant la mémoire de toutes les victimes du terrorisme, de l’extrémisme violent et des crises qui continuent d’endeuiller notre sous-région ».
Au fil des séances, les parlementaires ont examiné les rapports-pays de dix délégations nationales à savoir la Gambie, la Côte d’Ivoire, le Ghana, le Libéria, la Sierra Leone, le Sénégal, la Guinée, le Togo, le Nigeria et le Bénin mesurant « à la fois les progrès accomplis et les défis persistants sur les plans politique, économique, social et sécuritaire ». Le président de la Commission de la CEDEAO, Dr Omar Alieu Touray, a présenté l’état de mise en œuvre du programme de travail communautaire, suscitant un hommage appuyé de la présidente pour « l’excellente collaboration » entre les deux institutions.
Un temps fort a été l’examen des résultats des consultations régionales menées dans le cadre des préparatifs du Sommet spécial sur l’avenir de l’intégration régionale en Afrique de l’Ouest. Ces résultats, destinés à nourrir un projet de pacte, appellent à un renforcement des pouvoirs du Parlement, du contrôle démocratique et de la participation citoyenne. La présidente a annoncé la constitution d’une commission ad hoc chargée de réfléchir à l’élection au suffrage direct des députés du Parlement de la CEDEAO. La session a également été marquée par une séance interactive avec le Forum sur l’Administration Fiscale Ouest-Africaine (WATAF) sur les questions d’harmonisation fiscale, de lutte contre les flux financiers illicites et de gouvernance fiscale.
En collaboration avec l’Assemblée parlementaire de la Francophonie (APF), un atelier a exploré l’encadrement juridique de l’intelligence artificielle. « Une régulation ambitieuse, fondée sur une approche graduée des risques, est indispensable pour faire de l’IA un outil de développement et non une technologie de nuisance », a souligné Hadja Memounatou Ibrahima. La présidente a exprimé la gratitude du Parlement aux autorités nigérianes et au président Bola Ahmed Tinubu pour leur soutien constant, avant de conclure sur une note d’espoir : « Je demeure convaincue que, par le dialogue, la solidarité et notre engagement collectif, nous bâtirons, conformément à la Vision 2050, une CEDEAO des peuples, plus unie, plus forte, plus pacifique et plus prospère. »



