Alors même que la région des Grands Lacs s’enfonce dans la crise sécuritaire avec des combats ces dernières semaines dans l’Est de la RDC et des tensions diplomatiques explosives entre Kinshasa et Kigali, l’Union Africaine (UA) a dû se résoudre à un nouveau choix stratégique : un médiateur capable de parler d’égal à égal avec Paul Kagamé et Félix Tshisekedi. Un challenge que peu de dirigeants africains pourraient relever, au rang desquels Faure Gnassingbé, le discret président togolais. Mais derrière sa nomination confirmée hier dimanche se cachent des manœuvres diplomatiques complexes et des tractations secrètes.
Contrairement à ce que laisse croire certaines informations distillées ici et là, le Président togolais n’a pas nullement sollicité ce rôle de lui-même. Selon des sources concordantes, plusieurs Chefs d’État de la sous-région ouest-africaine et centrale, inquiets d’une escalade régionale, ont insisté et multipliés les négociations pour sa désignation. Ils ont pour la plupart misé sur la neutralité tactique et les relations équilibrées du leader togolais avec les deux camps. Proche de Félix Tshisekedi, qu’il a conseillé lors des crises politiques internes en RDC, il entretient aussi un dialogue rare avec Paul Kagamé, dont il ne subit pas les intimidations habituelles envers les dirigeants africains.

L’urgence d’un médiateur hors norme
Après la renonciation de João Lourenço, l’UA a besoin d’un médiateur qui ne soit ni un « faiseur de paix » naïf, ni un simple messager. Et Faure Gnassingbé, de par sa connaissance de la région et son expérience dans la gestion des crises incarne ou présente un avantage devant bien de ses pairs. En plus, surtout, de faire partie du cercle restreint des dirigeants que Paul Kagame respecte ou, à défaut, ne méprise pas. Un détail crucial, tant le président rwandais a coutume de marginaliser les médiateurs qu’il juge insignifiants. Sauf que Faure Gnassingbé, habitué à l’action discrète, aurait préféré une approche en coulisses, loin des caméras.
Selon plusieurs diplomates et des sources directes de icitogo.tg, sa nomination aurait dû rester confidentielle le temps d’engager les discussions. Mais des fuites opportunes, probablement orchestrées par des acteurs souhaitant le mettre sous pression, ont précipité l’annonce publique. Une manœuvre risquée car en exposant Faure Gnassingbé dès le départ, on réduit sa marge de manœuvre et on l’oblige à des résultats rapides. Ce qui est contraire à ses habitudes comme dans le dossiser des soldats ivoiriens au Mali. Certains y voient même une tentative de saboter sa crédibilité avant même le début des négociations, tant les enjeux économiques (notamment autour des minerais) divisent les parties prenantes.

Une mission périlleuse aux enjeux très importants
La tâche est herculéenne. D’un côté, Félix Tshisekedi, sous pression d’une opinion congolaise ultra-nationaliste, ne peut plus se permettre des concessions perçues comme une capitulation. De l’autre, Paul Kagame, qui considère la sécurité du Rwanda comme non-négociable, joue une partie stratégique bien au-delà des discours diplomatiques. Faure Gnassingbé devra donc innover : plutôt qu’une médiation classique, il pourrai selon nos sources privilégier des accords sectoriels (sécurité frontalière, traçabilité des minerais) pour créer un climat de confiance minimal. Mais le temps presse. Cette médiation est donc un test pour la crédibilité de l’UA. Un échec renforcerait l’idée que l’Afrique ne peut régler seule ses crises, ouvrant la porte à plus d’ingérence internationale. Un succès, même partiel, consacrerait et confirmerait Faure Gnassingbé comme un acteur clé du jeu continental, et renforcera l’image du Togo comme la plaque tournante de la diplomatie en Afrique. Une chose est sûre : dans cette partie d’échecs géopolitique, le président togolais n’est plus un simple pion, mais un joueur à part entière. Reste à savoir s’il parviendra à éviter l’échec et mat.














