Intégration africaine : Le Togo supprime le visa d’entrée pour tous les ressortissants africains

Le Togo a annoncé ce lundi 18 mai l’exemption de visa pour tous les ressortissants africains détenteurs d’un passeport en cours de validité. La décision, signée du ministre de la Sécurité, le colonel Calixte Batossie Madjoulba, prend effet immédiatement. Elle survient dans la soirée de l’ouverture à Lomé du forum Biashara Afrika 2026, où Faure Gnassingbé avait exhorté le continent à passer « du temps des textes au temps de l’exécution ». La coïncidence des calendriers n’a rien d’un hasard. En annonçant cette mesure moins de vingt-quatre heures après avoir donné 48 heures à son ministre pour lever les blocages frontaliers, le Président du Conseil envoie un double signal. Sur le continent, le Togo ne se contente plus de parler d’intégration, il la pratique. Et aux investisseurs réunis à Lomé, le pays qui ouvre ses frontières est aussi celui où il faut être.
Le communiqué du ministère de la Sécurité ne s’en cache pas. La décision vise à faire du Togo « un hub régional de services, d’affaires, de culture et d’échanges humains au cœur de l’Afrique ». La formule n’est pas nouvelle dans la bouche des autorités togolaises, mais elle trouve ici sa traduction la plus concrète. En supprimant le visa pour une durée maximale de 30 jours, Lomé lève l’un des principaux obstacles à la mobilité des entrepreneurs, des investisseurs et des talents sur le continent. Le Port autonome de Lomé, déjà porte d’entrée logistique de l’hinterland sahélien, trouve dans cette mesure un complément naturel : la fluidité des marchandises appelle désormais la fluidité des investisseurs. La décision togolaise s’inscrit dans un mouvement continental encore balbutiant. Si l’Union africaine a adopté dès 2016 un passeport commun à tous les africains et prône la libre circulation des personnes, les réalisations concrètes restent rares. Le Rwanda, le Bénin, la Gambie et les Seychelles ont fait figure de pionniers en supprimant les visas pour les Africains. Le Togo rejoint ce club restreint, mais avec une particularité : il le fait au cœur de la CEDEAO, espace où la libre circulation est théoriquement acquise depuis des décennies, mais où la pratique reste semée d’entraves administratives. « Le panafricanisme, le vrai, c’est à genre d’initiative qu’on le mesure, beaucoup plus qu’aux slogans et aux rodomontades sur les réseaux sociaux », avait déjà commenté une telle mesure François Soudan, le directeur de la rédaction de Jeune Afrique.
Les garde-fous maintenus
L’ouverture n’est pas un blanc-seing. Le communiqué précise que l’exemption est limitée à trente jours et ne dispense pas du respect des « exigences de sécurité, d’immigration et de santé publique ». Les voyageurs devront continuer à se déclarer sur la plateforme https://voyage.gouv.tg au moins vingt-quatre heures avant leur arrivée. Surtout, la mesure « ne fait pas obstacle à l’application des dispositions légales et réglementaires relatives à l’entrée irrégulière, au séjour illégal ainsi qu’aux mesures de police administrative et de sécurité nationale ». Autrement dit, Lomé ouvre la porte, mais garde un œil sur ceux qui la franchissent. Un équilibre entre attractivité et souveraineté qui résume la doctrine du pouvoir : s’ouvrir sans se diluer. Reste à savoir si d’autres capitales ouest-africaines emboîteront le pas. Dans l’immédiat, le Ghana envisage aussi suivre l’exemple dès le 25 mai prochain. Le Président John Dramani Mahama l’a annoncé lors de la visite du Chef d’Etat zimbabwéen Emmerson Mnangagwa à Accra, selon le ministre des Affaires étrangères, Sam Okudzeto Ablakwa En attendant, le Togo vient de marquer un point dans la compétition régionale pour attirer les talents, les capitaux et les projets.



