
L’attente a pris fin. Plus de quatre mois après l’évènement de la 5è République, le président du Conseil, Faure Gnassingbé, a dévoilé hier mercredi la composition de son gouvernement. Cette équipe, la première du nouveau régime parlementaire, tout en s’inscrivant dans la continuité de l’action publique, introduit des ajustements stratégiques majeurs reflétant la volonté de l’exécutif d’adapter la gouvernance aux défis économiques et sociaux du pays. La nouvelle équipe se distingue alors par une reformulation en profondeur des intitulés ministériels, révélatrice des priorités du chef de l’exécutif mais aussi par les têtes de gondoles qui la compose. Le fait le plus notable est la nomination de l’actuel Président de l’Assemblée Nationale, Kodjo Sevon Tépé Adedze au ministère de l’Aménagement du territoire, de l’Urbanisme et de l’Habitat. Cette entrée inédite entraine un remaniement majeur au sommet de l’Etat avec dans les prochaines heures la démission de ce dernier de ses fonctions parlementaires, illustrant ainsi de nouvelles recompositions politiques. Ce mouvement stratégique témoigne certes de la volonté de placer des personnalités expérimentées aux postes clés de la mise en œuvre des politiques publiques mais vise dans les faits répondre au déséquilibre ethnique ruminé ces derniers mois par certains caciques du système.
L’architecture du nouveau gouvernement se distingue également par une refonte profonde des dénominations et attributions ministérielles. Des changements qui vont bien au-delà du cosmétique et définissent des champs d’actions élargis ou recentrés. L’ancien ministère de l’Économie et des Finances éclate en deux entités distinctes : le ministère de l’Économie et de la Veille stratégique, confié à Badanam Patoki, et le ministère des Finances et du Budget, dirigé par Essowè George Barcola. Cette séparation vise à spécialiser la prospective économique et la gestion budgétaire, permettant une meilleure anticipation des déséquilibres pour renforcer l’attractivité économique. Cette logique de spécialisation se retrouve ailleurs : les deux anciens ministères des quatre ordres d’Enseignements laissent place au ministère de l’Éducation nationale, marquant une unification du système éducatif sous une vision nationale consolidée.
Une structure repensée en pôle pour plus d’efficacité
L’innovation la plus significative réside dans la création du ministère de l’Efficacité du service public et de la Transformation numérique, confié à l’emblématique Cina Lawson. Ce portefeuille inédit associe directement la modernisation administrative à la révolution digitale, visant à créer un État plus performant et une administration plus proche des citoyens. Parallèlement, le ministère du Développement à la Base, de l’Inclusion financière, de la jeunesse et de l’emploi des jeunes intègre désormais explicitement l’Économie sociale et solidaire, soulignant l’importance accordée aux modèles économiques alternatifs et à la cohésion sociale. Toujours la nouvelle structure gouvernementale introduit une logique de pôles stratégiques avec un système de ministres délégués placés sous l’autorité de ministres principaux. Le pôle économique ainsi constitué autour de Badanam Patoki comprend des ministres délégués. Ainsi en charge de la Promotion des investissements, de l’Industrie et de la Souveraineté économique, on retrouve Manuella Modoukpè Santos tandis qu’à l’Énergie et aux Ressources minières, Robert Koffi Messan Eklo prend les commandes comme Kossi Tenou, au Commerce et au Contrôle de la qualité. De même, le pôle de l’Aménagement du territoire dirigé par Kodjo Sevon Tépé Adedze intègre les Travaux publics et infrastructures avec Sani Yaya, le Développement local avec Koami Gomado et l’Eau et l’Assainissement avec Séna Alipui.
Malgré ces innovations structurelles, le gouvernement maintient une forte continuité des hommes. Plusieurs ministres considérés comme des piliers de l’action publique conservent des postes stratégiques. Le professeur Robert Dussey reste aux Affaires étrangères, de la Coopération, de l’Intégration africaine et des Togolais de l’Extérieur, garantissant la stabilité diplomatique. Le colonel Calixte Batossie Madjoulba conserve le portefeuille sensible de la Sécurité, assurant la continuité dans un contexte régional volatile. Gilbert Bawara reste et se voit confier le bon état des Relations avec le Parlement et les institutions, tandis que Mazamésso Assih poursuit son action au Développement à la Base et à l’Économie sociale et solidaire. Le renforcement de la Présidence du Conseil constitue par contre un autre signal fort de ce nouveau gouvernement. Les ministères de la Défense nationale, de la Fonction publique, du Travail, du Dialogue social et des Transports sont désormais directement rattachés à la présidence, conformément aux principes du régime parlementaire instauré par la Ve République. Cette concentration des leviers régaliens au plus haut niveau vise à optimiser la coordination des politiques publiques essentielles.
De 27 membres, ce premier gouvernenent de la Ve République togolaise se présente donc comme un subtil équilibre entre continuité et innovation. En s’appuyant sur des personnalités éprouvées tout en redéfinissant l’architecture gouvernementale, l’exécutif vise à assurer une transition en douceur vers le nouveau régime tout en adaptant sa gouvernance aux défis contemporains. La performance de cette équipe sera jugée à sa capacité à transformer ces innovations structurelles en progrès concrets pour la population togolaise, dans un contexte économique régional et international marqué par l’incertitude.













