Togo en Action

Education : Le Togo, bon élève de l’UNESCO en 2026…avec des devoirs à finir

C’est une révolution qui se joue dans les salles de classe togolaises, et le dernier Rapport mondial de suivi sur l’éducation de l’Unesco (2026) ne s’y trompe pas. Alors que la planète éducative marque le pas dans sa quête d’un accès universel à l’école, le Togo, lui, s’impose comme une exception remarquable. Le pays est nommément cité parmi les rares nations ayant réduit de plus de 80 % le nombre d’enfants non scolarisés ces dernières années. Il affiche une progression annuelle de son taux de scolarisation de 0,5 point de pourcentage. Ainsi, il avance plus vite que la moyenne de l’Afrique subsaharienne, située à 0,2 point. Porté par l’abolition visionnaire des frais de scolarité au primaire public en 2008, puis au secondaire en 2021, le Togo a enclenché une dynamique de massification scolaire qui force le respect. Entre 2000 et 2023, les inscriptions ont bondi de 80 % au primaire. Du côté du secondaire, le Togo s’affiche avec une croissance de 220 % pour le premier cycle et de 390 % pour le second cycle. Le taux d’achèvement du primaire tutoie désormais les 85 %, bien au-dessus de la moyenne subsaharienne, et celui du secondaire supérieur a bondi à 32 %.

Dans les colonnes du rapport, les experts de l’UNESCO soulignent un autre motif de satisfaction, plus discret mais tout aussi structurant : l’impressionnante résorption des inégalités de genre. Là où l’écart d’achèvement entre filles et garçons au primaire dépassait les 10 points en 2015, il se réduit aujourd’hui à une peau de chagrin de 2 points. La parité est en marche, y compris dans le supérieur où, malgré une sous-représentation persistante dans les filières scientifiques, la tendance est au rattrapage. Le Togo prouve qu’avec une politique volontariste de gratuité et une régulation active, il est possible de déverrouiller l’accès au savoir pour les jeunes filles, longtemps laissées pour compte. Car c’est bien en amont que se joue la partie. En ouvrant grand les vannes du secondaire, le pays a logiquement gonflé les rangs des bacheliers, créant un appel d’air massif vers les amphithéâtres.

Le taux brut de scolarisation dans le supérieur a ainsi triplé en quatorze ans pour atteindre 15 %. Une croissance exponentielle qui aurait pu virer à un léger désordre dans un contexte de prolifération d’établissements privés. Son taux brut de scolarisation au supérieur frôle 10 points à celui de l’Ouganda et de 5 points à celui du Burkina Faso. Le Togo rivalise même avec le Ghana, affichant un taux d’inscription à l’université de 19 %.  Mais, là encore, Lomé a su réagir. L’Unesco épingle d’ailleurs le pays comme un exemple de bonne gouvernance : la création d’une Commission nationale de reconnaissance et d’homologation des diplômes et la mise en place de licences conditionnées à la performance ont permis d’assainir le paysage universitaire en réduisant d’un tiers le nombre d’institutions non accréditées.

Pourtant, ce succès quantitatif charrie son lot de défis structurels. Le rapport pointe du doigt le ventre mou du système : l’enseignement supérieur public, asphyxié par des ratios d’encadrement vertigineux jusqu’à 127 étudiants par professeur à Lomé et une mécanique budgétaire qui finance les études des plus aisés via des bourses trop peu ciblées socialement. Le constat est sans appel : 81 % des étudiants du supérieur sont issus des foyers les plus riches. L’équité sociale est le prochain grand chantier. De même, l’adéquation entre la formation et l’emploi reste le talon d’Achille d’un système qui peine encore à insérer ses diplômés, dont huit sur dix se retrouvent en situation de sous-emploi qualifié.

Le message de l’Unesco est donc celui d’un encouragement lucide. Le Togo a gagné la bataille de la quantité et de l’accès, une victoire essentielle qui change le destin de centaines de milliers d’enfants. Mais pour que cet élan ne se brise pas sur le mur de la qualité et des débouchés professionnels, la seconde mi-temps s’annonce décisive. Il s’agit désormais de transformer ce « décollage silencieux » en un atterrissage en douceur sur le marché du travail. La dynamique est enclenchée, reste à consolider la trajectoire pour faire de cette massification scolaire un véritable ascenseur social pour toute une génération.

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page