Fermetures d’agences et de cash-points, suppression de postes et fusion des activités, redistribution des effectifs et une recapitalisation avec un avenir social incertain… Depuis quelques mois, la Banque Populaire pour l’Épargne et le Crédit (BPEC) acquise en 2017 par le groupe SUNU est dans une tension sociale et opérationnelle, suite à de persistantes difficultés financières que ce mois de février a fini par révéler.
Installée depuis huit ans sur l’échiquier bancaire togolais avec l’ambition d’en venir un acteur majeur, SUNU Bank Togo est manifestement en proie à une descente aux enfers. Selon plusieurs sources recoupées, tout est parti d’un plan de réorganisation adressée le 3 février dernier aux représentants syndicaux et à l’inspection du travail. Celui-ci prévoit la fermeture de sept agences et cash-points jugés non rentables, la suppression de postes, ainsi que la fusion de certaines activités. Ces décisions, justifiées par un besoin urgent d’optimisation des coûts et d’amélioration de la rentabilité, ont immédiatement provoqué la colère des syndicats.
Des fondamentaux économiques alarmants
En réalité, les difficultés financières de SUNU Bank Togo ne datent pas d’hier, comme le révèle une enquête publiée ce mardi par Agence Ecofin, un média d’informations économiques en ligne. Selon les chiffres, entre 2018 et 2023, le coefficient d’exploitation – indicateur clé de la performance bancaire – de la banque a dépassé les 90 %, un niveau bien supérieur aux standards du secteur, qui oscillent entre 50 % et 60 %. En 2023, ce ratio a même atteint 110 %, signe d’une détérioration accrue de sa rentabilité. Entre autres facteurs à l’origine, une masse salariale élevée et des pratiques de rémunération jugées inadaptées dues à des systèmes d’avancement catégoriel coûteux ainsi qu’une politique de crédit interne trop avantageuse.

Un autre élément aurait acté la restructuration : en décembre 2023, la Commission bancaire de l’UEMOA a relevé le capital social minimum des banques de 10 à 20 milliards de FCFA, obligeant plusieurs établissements à renforcer leurs fonds propres. Pour se conformer à ces nouvelles exigences, SUNU Bank a lancé en décembre 2024 une augmentation de capital de 11,16 milliards de FCFA. Cependant, plus d’un mois après la clôture de la souscription, la banque reste silencieuse sur les résultats de cette opération. Cette opacité selon toujours Agence Ecofin alimente les spéculations quant à la capacité de l’institution à retrouver un équilibre financier durable. Déjà qu’en 2019, le groupe avait procédé à une réduction de capital de 11,4 milliards de FCFA, suivie d’une augmentation de seulement 1,8 milliard de FCFA. Ces manœuvres, officiellement justifiées par la nécessité d’absorber les pertes accumulées, ont surtout permis à SUNU Group de renforcer son contrôle sur la banque, portant sa participation à 71,64 %. Des ajustements qui n’ont pas permis de relever la barre. Au 31 décembre 2023, SUNU Bank Togo affichait un résultat net déficitaire de -1,1 milliard de FCFA, en baisse de 319 % par rapport à l’année précédente. Bien que son ratio de solvabilité (12,38 %) dépasse légèrement le seuil réglementaire de 11,5 %, la banque peine à retrouver une stabilité durable.

Une restructuration irréversible pour un avenir incertain.
Face à ces annonces, le Syndicat des employés et cadres des banques, des établissements financiers et des assurances du Togo (Synbank) a exprimé son opposition ferme. Les représentants du personnel rejettent les justifications avancées par la direction, estimant que les difficultés financières de la banque résultent davantage d’une mauvaise gestion que d’un excès de charges d’exploitation. Les négociations entre la direction et les syndicats sont dans l’impasse. Le Synbank réclame un audit indépendant des comptes de la banque et un avis conforme de la Commission bancaire de l’UEMOA avant toute discussion. En l’absence de consensus, la direction a décidé de passer en force, affirmant que le processus de restructuration est « irréversible ».



















