
C’est une scène que la magistrature togolaise n’a presque jamais connue : une juge en activité, appelée à s’expliquer devant la Cour suprême. Si aucun report n’intervient, l’audience se tiendra le 27 août prochain. En cause : des faits présumés de corruption.
La magistrate, qui exerce au Tribunal de première instance de Lomé et porte le même patronyme que le président de la Cour suprême, est poursuivie dans ce cadre. La présomption d’innocence reste entière. Seule une décision définitive pourra établir sa responsabilité.
L’attention autour de cette audience tient autant aux faits reprochés qu’au statut de la personne mise en cause. Voir une magistrate en activité répondre devant la plus haute juridiction judiciaire du pays est inédit. Des sources proches de l’appareil judiciaire décrivent un dossier « particulièrement inhabituel », susceptible de faire jurisprudence sur la responsabilité des magistrats.
Au-delà du sort individuel, c’est la mécanique de contrôle et de discipline du corps judiciaire qui sera observée. La manière dont le dossier sera instruit, les garanties accordées à la défense, la publicité des débats et la décision finale seront scrutées.
Une défiance de fond
Les enquêtes d’opinion donnent la mesure du chemin à parcourir. Selon Afrobarometer 2025, à peine 45 % des Togolais disent faire confiance aux cours et tribunaux. Neuf citoyens sur dix (91 %) pensent qu’au moins « certains » des juges et magistrats sont impliqués dans des affaires de corruption. Une majorité estime aussi que les décisions judiciaires sont influencées par les personnes puissantes (55 %) et que les officiels qui commettent des crimes restent impunis (53 %).
Ces chiffres peignent une institution à la crédibilité fragile. L’éventuel procès de cette magistrate pourrait transformer les alertes en actes. De même la question de l’intégrité de la magistrature n’est pas neuve au Togo. En août 2021, le président de la Cour suprême, Abdoulaye Yaya, avait lui-même brisé le tabou en évoquant publiquement les « scandales » impliquant des magistrats et en appelant ses pairs à un changement de comportement.
Sahel : Deux mercenaires russes et 82 soldats maliens libérés, le rôle clé de Faure Gnassingbé
Pour les observateurs, l’enjeu dépasse le sort de la juge poursuivie. Il s’agit de démontrer que le principe « nul n’est au-dessus de la loi » s’applique aussi à ceux qui sont chargés de la dire. La justice togolaise est face à un test. Le résultat dira s’il est réussi.



