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91% des Togolais sont pour le maintien des filles enceintes à l’école (Afrobaromètre)

C’est une radiographie de l’opinion publique sur un sujet longtemps resté tabou. La dernière enquête d’Afrobarometer, menée en novembre 2024 par le Center for Research and Opinion Polls (CROP) auprès de 1 200 adultes et publiée le 22 juillet, livre un panorama contrasté des perceptions togolaises sur la santé et les droits sexuels et reproductifs. Une société qui avance sur l’éducation et la prévention, mais qui freine encore dès qu’il s’agit d’avortement.

Premier enseignement, et non des moindres : 91 % des Togolais veulent que les filles enceintes ou déjà mères restent sur les bancs de l’école. Un chiffre massif, qui traduit un rejet de l’exclusion scolaire liée aux grossesses précoces. 84 % des personnes interrogées soutiennent par ailleurs l’enseignement de l’éducation à la sexualité dans les établissements scolaires. Ces opinions se heurtent à une réalité tenace : 2 284 cas de grossesses en milieu scolaire ont été enregistrés en 2024-2025 dont 17 au primaire, 1 319 au premier cycle du secondaire et 948 au second cycle. Pourtant, le phénomène reste l’une des premières causes d’abandon chez les adolescentes. Face à cela le gouvernement a déployé plusieurs dispositifs : Programme national de lutte contre les grossesses et mariages chez les adolescentes, cellules communautaires de veille, renforcement du cadre juridique. Le tout s’inscrit dans les engagements Family Planning 2030, qui visent à porter le taux de prévalence contraceptive moderne à 29,5 % d’ici à 2026.

Sur l’autonomie des femmes, les Togolais affichent des positions claires. 86 % estiment qu’elles doivent décider librement du moment de leur mariage. 65 % jugent qu’elles devraient choisir quand et combien d’enfants avoir. La question contraceptive divise davantage, sans jamais basculer dans le rejet. 64 % des répondants y sont favorables indépendamment du statut matrimonial. Ils ne sont plus que 54 % à l’estimer accessible à toute personne sexuellement active, quel que soit son âge. Un soutien majoritaire, mais qui s’effrite dès que l’on descend dans les tranches d’âge les plus jeunes.

C’est sur l’interruption volontaire de grossesse que le consensus se fissure. Les Togolais acceptent l’avortement lorsque la vie ou la santé de la femme est menacée (67 %) ou en cas de viol ou d’inceste (52 %). Mais ils le rejettent massivement pour des raisons économiques (68 % contre) ou pour une grossesse non désirée (71 % contre). La législation nationale est pourtant en phase avec les exceptions que l’opinion valide : elle autorise l’IVG en cas de viol, d’inceste ou de danger pour la santé. Mais ces dispositions restent méconnues. L’enquête montre que l’avortement est une réalité dans les communautés : 38 % des Togolais déclarent qu’il s’y pratique « occasionnellement » ou « souvent ». Plus loin, l’enquête met en lumière des disparités. Les régions de la Kara et des Savanes, les populations musulmanes et les personnes âgées affichent des positions plus conservatrices. Une géographie de l’opinion qui plaide pour des politiques publiques différenciées, associant autorités religieuses et locales dans les zones les plus réticentes.

Toutefois selon des spécialistes, l’enquête comporte une limite méthodologique : un biais de désirabilité sociale a pu pousser certains répondants à donner des réponses « politiquement correctes ». Les 91 % de soutien à la scolarisation des filles enceintes traduisent un idéal déclaré. Dans la réalité, la stigmatisation demeure.Ces évolutions s’inscrivent dans un contexte plus large. Le Togo est classé par la Banque mondiale comme ayant le système légal le plus favorable aux femmes en Afrique. Le pays a multiplié les dispositifs d’appui à l’entrepreneuriat féminin, renforcé l’accès au financement et consolidé les réformes contre les violences. L’enquête Afrobarometer offre une boussole. Elle dit ce que les Togolais sont prêts à accepter, et les lignes qu’ils ne veulent pas encore franchir. Aux décideurs désormais de s’en saisir.

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