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Terrorisme au Bénin et au Togo : Un scénario sahélien en gestation ? 

Alors que les projecteurs sont maintenus sur le Mali et le Burkina Faso, une menace tout aussi redoutable s’installe lentement mais sûrement plus au sud. Le Bénin et le Togo, deux pays côtiers relativement épargnés jusqu’ici par les violences djihadistes, voient leur aire septentrionale grignotée par des groupes affiliés à Al-Qaïda. Derrière les attaques spectaculaires se cache une réalité plus insidieuse : une crise humanitaire et sociale qui pourrait précipiter la région dans le chaos. Une enquête explosive publiée cette semaine tire la sonnette d’alarme. Intitulée « Une ligne de front avec le djihadisme tracée dans le sable du Sahel : les populations du nord Bénin et le Togo en quête de solution », elle est produite par Mathias Khalfaoui, consultant spécialisé en sécurité humaine sous couvert de la fondation Konrad Adénaeur.

« L’avancée des groupes djihadistes au Bénin et au Togo est claire, même si elle peut passer inaperçue parce qu’elle est lente. Les territoires concernés par l’insécurité augmentent. », introduit le document qui dresse un constat alarmant d’une stratégi aussi lente que calculée avec des dégâts humains et sécuritaires importants. Entre attaques violentes contre les villages, des positions militaires et des recrutements locaux, des vols et des intimidations ciblées, les principaux groupes armés, issus des katibas burkinabè tels que Sékou Mouslimou et Abou Hanifa, affiliés au Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), une nébuleuse liée à Al-Qaïda, travaillent à un effondrement systémique aux conséquences potentiellement dévastatrices pour toute la région.

 

Une infiltration méthodique et redoutable 

Selon le document, l’hydre djihadiste s’étend désormais au-delà des zones frontalières, touchant des régions comme l’Alibori (Bénin) et les Savanes (Togo). Les djihadistes exploitent en priorité les fractures communautaires, notamment les tensions historiques pour recruter et semer la méfiance. Même si le Togo reste l’un des pays à saisir dès 2018 l’ampleur de la menace avec le déploiement de l’opération militaire Kondjouaré, il est sans nul doute que la situation sociale et économique des populations des Savanes, de l’Alibori et de l’Atacora est inquiétante et doit être prise très au sérieux. Car, selon l’auteur de l’enquête, la véritable bombe à retardement ne réside pas seulement dans les attaques, mais dans l’effondrement socio-économique des régions concernées avec le risque pour les deux pays de devenir un versant du bastion sahélien.

L’enquête en se basant sur les données du ministère togolais de la sécurité recense par exemple plus de 317% d’attaques terroristes depuis 2022. Dans le même temps, 64 597 déplacés internes sont notés à en croire l’ONU, un chiffres probablement sous-estimés de 40% par les gouvernements. Mais l’ampleur du drame, c’est aussi 72% des villages frontaliers partiellement ou totalement évacués et 1,2 million de personnes en insécurité alimentaire aiguë selon les chiffres du Programme Alimentaire Mondial (PAM). Une insécurité qui bloque 450 millions $ de programmes internationaux. Ce n’est pas tout. Le document chiffre dans la zone 18 recrutements confirmés par mois dans les communautés peules marginalisées ainsi que 3 axes d’infiltration principaux identifiés par les services de renseignement. « Ils ne viennent pas en force, ils s’installent. D’abord un moto-taxi, puis un petit commerce, enfin les menaces », a confié un officier des forces spéciales sous couverture.

Un piège social et une poudrière communautaire

Selon toujours l’enquête, les réfugiés burkinabè affluent (officiellement 38 000 au Togo, 17 000 au Bénin), mais leur accueil se heurte à une hostilité croissante. Les populations locales, déjà fragilisées, les accusent de voler leurs terres et leurs ressources. Pire, les Peuls – qu’ils soient locaux ou réfugiés- sont stigmatisés, accusés de collusion avec les jihadistes. « Un génocide pourrait arriver un jour », alerte un agriculteur moba au Togo, résumant une tension palpable. Les groupes armés exploitent cette fracture, promettant justice et protection aux communautés marginalisées. Mais si les gouvernements réagissent – opérations militaires ciblées, programmes d’urgence comme le PURS au Togo-, la réponse reste insuffisante face à l’ampleur de la crise. La coopération régionale est quasi inexistante, et les partenaires internationaux peinent à adapter leur aide.

Dès lors, le nord du Bénin et du Togo vit désormais sous une double menace : l’insécurité jihadiste et l’effondrement socio-économique. Sans action rapide pour soutenir les populations et rétablir la confiance entre communautés, la région pourrait basculer dans une spirale de violence comparable à celle du Sahel. « Nous n’avons plus qu’à prier et attendre », confie un habitant de l’Atacora. Le temps presse avant que cette attente ne se transforme en explosion. « Nous sommes face à un scénario sahélien accéléré. Sans intervention massive dans les 6 mois, la région pourrait basculer irrémédiablement », met en garde Mathias Khalfaoui, auteur de l’enquête. Et la réponse à défaut d’être trouvée rapidement, pourrait bien dicter le futur de toute la région.

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