
Alors qu’une tentative de coup d’État se déjouait hier dimanche au sommet de l’Etat au Bénin, la célébration du 25e anniversaire du Parlement de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) jeudi dernier à Abuja vient brutalement rappeler les urgences sécuritaires et démocratiques qui assaillent la sous-région ouest africaine. Cette séquence rapprochée de l’événement, illustre le profond paradoxe d’une institution tiraillée entre la célébration de son idéal panafricain et la gestion de crises récurrentes. C’était l’enjeu de cette célébration solennelle présidée par Hadja Memounatou Ibrahima, la Présidente et placée sous le signe du souvenir des pères fondateurs et de l’unité régionale. Des pères fondateurs comme le Nigérian Yakubu Gowon dont elle a à l’entame de la célébration salué la « clairvoyance » tout en réaffirmant la vision d’une « communauté de destin ». En témoigne, la présence de délégations de haut niveau, du Nigeria au Togo en passant par la Guinée, le Liberia et le Ghana à savoir des présidents de parlements, d’anciens Présidents et chefs d’institutions de la CEDEAO.

L’occasion fut alors propice pour revendiquer le chemin parcouru pour espérer peser davantage. « D’une chambre consultative, nous sommes devenus un véritable acteur de décision », a insisté la présidente. Ce plaidoyer pour un renforcement des prérogatives législatives et budgétaires du Parlement sonne comme un avertissement aux exécutifs nationaux : la CEDEAO aspire à incarner plus qu’un club de chefs d’État, mais une arène où la voix des peuples serait mieux représentée. Cette ambition se heurte pourtant à de rudes réalités de terrain, comme les diverses tentatives de putsch l’ont dramatiquement confirmé. Déjà, lors de son allocution, Hadja Memounatou Ibrahima avait évoqué sans détour l’instabilité chronique en Guinée-Bissau, soulignant que la défense de l’ordre constitutionnel restait un pilier rhétorique mis à mal par les faits. La menace terroriste, qualifiée de « la plus pernicieuse », a également été au centre des préoccupations, avec un appel à une coopération sécuritaire élargie, y compris avec les pays de l’Alliance des États du Sahel (AES), malgré les tensions diplomatiques.

Première femme à la tête de cette institution, la présidente a aussi inscrit son mandat dans un combat pour l’inclusion, plaidant pour une meilleure représentation des femmes et des jeunes. Des promesses qui résonnent dans une région où les textes progressent souvent plus vite que les pratiques politiques. Alors qu’il entre dans son nouveau quart de siècle, le Parlement de la CEDEAO fait ainsi face à un défi de crédibilité. Les turbulences, dont la tentative béninoise n’est que le dernier exemple, soulignent l’écart persistant entre les projets d’intégration, comme la libre circulation ou la monnaie unique, et une réalité marquée par la fragilité des transitions politiques. L’« ère nouvelle » appelée de ses vœux à Abuja devra se construire à l’épreuve de ces secousses répétées.













