Togo en Action

Environnement : Chercheurs et laboratoires mobilisés autour du Protocole de Nagoya

Dix ans. C’est le temps qu’il aura fallu au Togo pour mesurer le potentiel inexploité du Protocole de Nagoya.

Ratifié en 2016, cet accord international qui encadre l’accès aux ressources génétiques et le partage des bénéfices qui en découlent est resté largement lettre morte, faute de cadre juridique national. Une situation que le Ministère de l’Environnement, des Ressources forestières, de la Protection cotière et du Changement climatique,  entend désormais corriger. Mercredi 15 avril 2026, à Lomé, l’administration a réuni chercheurs, laboratoires et acteurs de la bio-innovation pour une session de sensibilisation destinée à redynamiser la mise en œuvre du protocole. Adopté en 2011 sous l’égide des Nations Unies, ce texte impose aux États signataires de garantir un partage équitable des avantages tirés de l’exploitation des ressources biologiques et des connaissances traditionnelles associées, notamment dans les secteurs pharmaceutique et biotechnologique.

Pour le Togo, l’enjeu dépasse la simple conformité diplomatique. Il est économique. Les ressources génétiques c’est-à-dire les plantes, les micro-organismes, les savoirs ancestraux peuvent générer une valeur considérable à travers la recherche, l’extraction de molécules ou la mise au point de médicaments et de vaccins. Mais sans mécanismes de contrôle, ces trésors naturels restent exposés à la biopiraterie : prélevés librement, exploités commercialement ailleurs, sans que les communautés qui les ont conservés pendant des générations n’en perçoivent le moindre retour. « Le protocole a prévu des mécanismes de contrôle pour éviter ce qu’on appelle la biopiraterie, parce que quand la ressource est prélevée, alors que les communautés ont mis des années à conserver cette ressource, s’il n’y a pas un mécanisme de partage pour qu’il y ait un retour de financement, évidemment, tôt ou tard, la ressource va disparaître », a expliqué le lieutenant-colonel Bonaventure Widiba, point focal national du protocole de Nagoya. Son collègue, le lieutenant-colonel Konzao Essodina, inspecteur général de l’environnement et des ressources forestières et du littoral, a enfoncé le clou : « L’absence de textes juridiques non seulement porte préjudice aux bioprospecteurs, y compris les chercheurs togolais, mais constitue également un manque à gagner pour l’économie togolaise. »

Face à ce vide réglementaire, le gouvernement annonce des mesures transitoires pour faciliter la collaboration entre laboratoires et garantir le respect des obligations de partage. L’objectif : sécuriser les investissements en recherche tout en assurant une rémunération des communautés locales. Parallèlement, le Togo prépare son rapport national sur la biodiversité, avec une priorité affichée : transformer ses richesses naturelles en leviers de développement durable, plutôt que de les voir disparaître sans contrepartie.

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