
Les 8 et 9 mars derniers, Lomé a accueilli une visite de premier plan dans le domaine de la défense : le ministre russe de la Défense, Andreï Belousov, a été reçu au Togo pour des discussions approfondies sur l’avenir de la coopération militaire bilatérale.
Un déplacement qui intervient quelques mois seulement après la ratification d’un accord-cadre entre les deux capitales. Cette visite, la première d’un chef de la défense russe au Togo depuis plusieurs années, visait à poser les jalons opérationnels de l’accord entériné en novembre 2025 lors de la visite d’Etat du Président du Conseil, Faure Gnassigbé en Russie. Si la nature exacte des discussions menées à Lomé reste confidentielle, le cadre posé par le traité signé l’an dernier laisse entrevoir un partenariat multidimensionnel. Au-delà des traditionnels exercices conjoints et programmes de formation pour les forces armées togolaises, l’accord met un accent particulier sur la dimension maritime. Coopération hydrographique, sécurisation des routes de navigation et lutte contre la piraterie dans le golfe de Guinée figurent parmi les axes majeurs de cette feuille de route.
L’intérêt stratégique de Moscou pour le port de Lomé, poumon économique du Togo et porte d’entrée naturelle sur l’Atlantique pour toute l’Afrique de l’Ouest, n’est pas nouveau. Il s’inscrit dans une stratégie plus large de retour de la Russie sur le continent, où elle cherche à diversifier ses points d’appui au-delà de sa présence déjà affirmée dans la bande sahélo-saharienne. Au Mali, au Niger et au Burkina Faso, l’influence militaire russe s’est accrue dans un contexte de lutte contre le terrorisme, et cette nouvelle étape avec le Togo élargit son périmètre d’action vers les États côtiers du golfe de Guinée.
Sur le plan pratique, cette coopération repose déjà sur des livraisons d’équipements. Depuis 2022, Lomé a réceptionné des hélicoptères de combat Mi-35M et de transport Mi-17, renforçant ses capacités de projection et de réaction rapide. La visite de M. Belousov pourrait ainsi ouvrir la voie à de nouveaux contrats ou à un approfondissement de l’assistance technique, alors que le nord du Togo fait face à une menace djihadiste persistante, qui teste les capacités de riposte des forces armées.
Cette séquence diplomatique confirme la volonté de Lomé de diversifier ses partenariats sécuritaires face à un environnement régional instable. Pour Moscou, il s’agit de consolider une tête de pont atlantique, à la fois pour ses intérêts économiques et pour projeter une influence navale dans une zone maritime stratégique où circulent les hydrocarbures et les marchandises. Une dynamique qui, à terme, pourrait redessiner l’architecture de la coopération sécuritaire dans la région.



