Les signaux ne trompaient pas. Dès la visite à Lomé en mars dernier d’Antonio Tete, Ministre angolais des Relations extérieures, porteur d’un message personnel du Président João Lourenço, certains observateurs avisés avaient flairé l’imminence du coup. La confirmation est désormais officielle : dans un mouvement diplomatique calculé, l’Union africaine vient de jeter son dévolu sur Faure Gnassingbé pour tenter de désamorcer la crise explosive entre le Rwanda et la République démocratique du Congo (RDC). Le Président de la République togolaise, a été proposé hier samedi 5 avril pour reprendre le flambeau de la médiation, lors d’une réunion virtuelle du bureau de la Conférence de l’UA présidée par João Lourenço, le chef de l’État angolais et président en exercice de l’organisation.
Si la nomination doit encore être entérinée par l’Assemblée des chefs d’État et de gouvernement via la procédure de « silence », cette désignation est loin d’être un hasard. Le Chef de l’Etat togolais, fin stratège et médiateur aguerri, est une valeur sûre pour l’Afrique. Son nom s’impose comme une évidence dans les dossiers sensibles, et cette nouvelle mission ne fait que confirmer son statut d’artisan discret et très efficace de la stabilité régionale.

Plusieurs conflits ont été évités grâce à son leadership. En 2024, alors que la CEDEAO durcissait ses sanctions après le coup d’État contre Mohamed Bazoum au Niger, Faure Gnassingbé a joué les facilitateurs, obtenant des concessions clés de la junte sur le calendrier de transition et la libération du fils de l’ex Président. Deux années plutôt, en 2022, au Tchad en tant que facilitateur du dialogue politique, il a œuvré à apaiser les tensions entre la junte, l’opposition et les groupes rebelles après la mort d’Idriss Déby. Ce fut aussi le cas dans le bras de fer politico-judiciaire entre la Côte d’Ivoire et le Mali.
Un choix qui consacre le leadership togolais
Sa méthode ? Un mélange de discrétion, de realpolitik et d’écoute active, loin des effets d’annonce. Une approche qui pourrait s’avérer cruciale face à Paul Kagame et Félix Tshisekedi, dont les relations sont empoisonnées par des accusations de soutien aux rebelles du M23 et des tensions frontalières chroniques. Cette proposition renforce donc aussi le rôle central du Togo dans la diplomatie continentale. La tâche s’annonce ardue car elle consistera dans les faits à parvenir à ésamorcer l’escalade militaire dans l’est de la RDC, où Kigali est accusé de soutenir les rebelles, à harmoniser les initiatives concurrentes (Processus de Luanda, Nairobi, et maintenant l’UA) et à convaincre deux présidents de s’engager dans un processus de paix.

Et pour cela Faure Gnassingbé a des atouts requis : son absence de contraintes idéologique ou juridique et d’arrière-pensées hégémoniques (contrairement à certains voisins) et sa maîtrise des dossiers sécuritaires, comme en témoigne son implication dans l’initiative d’Accra et son anticipation sécuritaire contre le terrorisme. La balle est désormais dans le camp de l’Assemblée de l’UA. Mais une chose est sûre : en misant sur Faure Gnassingbé, l’Afrique envoie un signal fort. Elle refuse de laisser les puissances étrangères dicter sa paix, et place un négociateur qui incarne à la fois l’expérience et la légitimité panafricaine.



















