
C’est une voix africaine qui s’est élevée au 26ᵉ sommet de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS). Faure Gnassingbé a prononcé, hier mardi à Bichkek, un discours remarqué devant les dirigeants de l’Eurasie. Le Président du Conseil togolais a livré une réflexion en trois points sur l’ordre mondial en recomposition.
L’assemblée avait de quoi impressionner. Xi Jinping pour la Chine, Vladimir Poutine pour la Russie, Alexandre Loukachenko pour la Biélorussie, Narendra Modi pour l’Inde, Shehbaz Sharif pour le Pakistan, Massoud Pezeshkian pour l’Iran, Kassym-Jomart Tokaïev pour le Kazakhstan, Emomali Rahmon pour le Tadjikistan, Chavkat Mirzioïev pour l’Ouzbékistan. Autour d’eux, les représentants de l’Égypte, de la Turquie, de l’Azerbaïdjan, de l’Arménie, de la Mongolie, du Laos et du Vietnam. Le Togo était là, avec l’Égypte, seul autre pays africain invité.
« Le monde change. De nouveaux centres de puissance émergent, de nouveaux équilibres économiques se dessinent, de nouvelles voix veulent être entendues. Cette évolution vers un monde multipolaire est désormais une réalité. Mais elle nous impose aussi une responsabilité : faire en sorte qu’un monde plus multipolaire devienne également un monde plus juste », a déclaré Faure Gnassingbé.
Première idée : la diversification des partenaires ne doit pas déboucher sur de nouvelles lignes de fracture. Pour l’Afrique, l’émergence de nouveaux pôles est une chance. Elle permet de « diversifier nos relations, de réduire certaines dépendances et, surtout, de mieux choisir nos partenariats en fonction de nos propres priorités ». Mais le dirigeant togolais met en garde : « Davantage de pôles de puissance ne signifie pas automatiquement davantage de justice. La multipolarité peut aussi produire plus de rivalités, de fragmentation, de rapports de force. »
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Deuxième idée : l’ONU demeure incontournable, mais elle doit se réformer. « Dans un monde plus multipolaire, nous avons besoin de davantage de multilatéralisme et non de moins. L’ONU reste notre seul espace véritablement universel. Mais nous devons aussi regarder objectivement ses limites. »
Le Président du Conseil pointe trois failles : la paralysie lorsque les grandes puissances s’opposent, l’affaiblissement de la légitimité lorsque les règles semblent appliquées différemment selon les crises, et la sous-représentation de l’Afrique. « Lorsque l’Afrique reste insuffisamment représentée, nous ne pouvons pas parler d’un ordre mondial pleinement juste. »
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Faure Gnassingbé plaide alors pour une meilleure articulation entre l’ONU, l’Union africaine, l’OCS et les autres organisations régionales. Troisième idée : la représentation ne suffit pas. « Être mieux représenté ne suffira pas. Nos pays doivent aussi pouvoir financer leur développement, transformer leurs ressources et créer davantage de valeur chez eux. »
Il appelle à des partenariats « fondés sur l’investissement productif, les infrastructures, la transformation locale et le transfert de technologie ». Et il insiste : « Nous voulons pouvoir développer ces partenariats avec tous : avec l’Asie, avec l’Europe, avec les Amériques et entre pays africains. »
La phrase clé du discours résonne comme un manifeste pour les pays du Sud : « Pour notre continent, l’Afrique, la reconfiguration de l’ordre international multipolaire ne doit pas signifier choisir un nouveau camp. Elle doit signifier ne plus avoir à choisir de camp. »
À Bichkek, le Togo a porté une parole qui dépasse ses frontières. Celle d’un continent qui veut peser, sans s’aligner. Celle d’un petit pays qui demande des règles, pas des faveurs. Le discours de Faure Gnassingbé n’a pas seulement décrit le monde tel qu’il est. Il a dit ce qu’il devrait devenir. Et il l’a fait avec la sobriété de ceux qui n’ont pas besoin de forcer la voix pour être entendus.



