
Le Togo veut muscler son autonomie financière. Le Conseil des ministres, réuni le 8 juillet sous la présidence de Faure Gnassingbé, a adopté le projet de loi portant création de la Caisse des dépôts et consignations. Le texte donne naissance à une institution qui, en « qualité de tiers de confiance », devra « assurer la collecte et la conservation des fonds publics et privés mis à sa disposition, recevoir les dépôts et consignations administratifs et judiciaires ainsi que les cautionnements, et gérer ces ressources au moyen de placements sécurisés et rentables ». Derrière la technicité du langage administratif, c’est un changement de philosophie économique qui se dessine.
L’idée n’est pas neuve, mais elle était jusqu’ici absente du paysage institutionnel togolais. La CDC vient combler un vide : celui d’un instrument capable de capter l’épargne publique et privée pour la réorienter vers des investissements productifs. Ces fonds, aujourd’hui dispersés ou dormants dans des comptes sans rendement, seront désormais centralisés et gérés avec une double exigence de sécurité et de rentabilité. Le projet de loi prévoit que « les ressources ainsi mobilisées seront orientées vers le financement à long terme de projets structurants, en cohérence avec les priorités nationales de développement ».
Un contexte international qui l’exige
La création de cette Caisse n’est pas une lubie technocratique. Le communiqué du Conseil des ministres le dit sans ambages : « Cette réforme s’inscrit dans un contexte international marqué par la raréfaction des financements et les tensions sur les marchés de capitaux. » L’aide publique au développement se contracte. Les taux d’intérêt sur les marchés internationaux restent élevés. Les financements concessionnels sont de plus en plus disputés.
Face à cette équation, la réponse du gouvernement est structurelle : renforcer les mécanismes de mobilisation des ressources internes pour « soutenir durablement le financement de l’économie et des investissements stratégiques ». La CDC est la traduction institutionnelle de ce constat.
Un modèle déjà éprouvé ailleurs
La Caisse des dépôts n’est pas une invention togolaise. La France en a fait un pilier de son système financier depuis bien longtemps. Le Sénégal, la Côte d’Ivoire, le Gabon ou plus récemment le Bénin se sont dotés d’institutions similaires. Partout, le principe est le même : transformer l’épargne de court terme en investissement de long terme, sans creuser la dette publique.
Pour le Togo, qui vient d’être reclassé en pays à revenu intermédiaire et qui finalise sa feuille de route 2026-2031 avec l’ambition de doubler le niveau de vie à l’horizon 2040, cet outil arrive à point nommé. Il offre un canal de financement complémentaire, déconnecté des cycles électoraux et des aléas des marchés internationaux. Reste à transformer l’essai. Le projet de loi devra passer le cap de l’Assemblée nationale. La CDC devra ensuite faire ses preuves en matière de gouvernance, de transparence et de performance.



